Pourquoi un secrétariat d'État aux Aînés ?
Nora Berra : Il faut remettre les aînés au cœur de la société. Les considérer comme une chance et non comme une charge. C'est une vraie rupture avec le passé. Jusqu'ici la question des personnes âgées était taboue. Le vieillissement était considéré comme l'antichambre de la mort. Je veux donner au terme « aînés » une connotation positive. D'ailleurs, ce terme n'est pas exclusif à la France. Il est repris par l'Organisation mondiale de la santé et j'ai également un homologue au Canada.
Quelles sont vos priorités pour les prochains mois ? Vous avez parlé d'une conférence des aînés...
N.B. Je vais organiser un débat national dès la mi-octobre. L'objectif étant de réunir différents acteurs de terrain, les professionnels, mais aussi les usagers et les responsables des collectivités locales. Cette conférence se déroulera en plusieurs étapes et en régions. Elle permettra d'aborder plusieurs thématiques : la prévention de l'isolement, l'intergénération, le logement de demain, les technologies au service de l'autonomie... Il s'agit d'élaborer une réflexion collective afin d'aboutir, dans un second temps, à une série de mesures et de dispositifs législatifs. Parallèlement, dès juillet, nous avons organisé une série de rencontres avec les professionnels du secteur pour instaurer un dialogue régulier. Le 8 septembre, nous avons réuni l'ensemble des fédérations pour fixer un calendrier et une méthode de travail.
Pensez-vous que les établissements sanitaires et sociaux sont bien préparés à affronter la grippe A ? Le recours à l'intérim va-t-il être pris en charge ?
N.B. J'ai demandé, dès le 29 juillet, à toutes les maisons de retraite de « finaliser leur plan de continuité des activités » en cas de pandémie. Les professionnels du secteur ont également reçu, le 1er septembre, des consignes claires sur la conduite à tenir, en matière d'hygiène, de restriction des visites et d'absentéisme. Si le personnel vient à manquer, les directions pourront recourir à des intérimaires, voire appeler des professionnels récemment retraités. Ces dépenses supplémentaires pourront être prises en charge par l'État, l'enveloppe prévue en ce sens pour le plan canicule (et non utilisée) - 14 millions d'euros en 2009 - pourra être mobilisée en cas de pandémie. Les vaccinations contre la grippe H1N1 concerneront en priorité le personnel et les résidants atteints de maladies chroniques. Les personnes de 65 ans et plus, ayant gardé une certaine immunité de la pandémie de 1947, ne pourraient recevoir qu'une seule injection. Pour tous les autres cas, le vaccin est administré en deux doses.
Plusieurs pistes sont envisagées pour financer la mise en place d'un cinquième risque : la solidarité nationale, la contribution liée au patrimoine, le recours à la prévoyance collective et individuelle. Quelle est votre position ?
N.B. Nous allons étudier toutes les pistes de financement. L'idée d'une deuxième journée de solidarité n'est pas privilégiée à ce jour. Il existe d'autres alternatives. Mais le débat ne se réduit pas à des moyens en plus : l'une des pistes les plus sérieuses c'est de mettre en cohérence des aides existantes (allocation personnalisée d'autonomie, aide au logement...), qui représentent, au total, un montant de plus de trois millions d'euros, afin de réaliser une aide unique équitable. La prise en charge de la dépendance est, en effet, un défi important : d'ici à 2050, le nombre de personnes âgées de plus de 75 ans devrait plus que doubler et il nous faut absolument adapter notre protection sociale à cette évolution. Mais il est encore prématuré d'annoncer un projet de loi.
Où en êtes-vous dans la concertation concernant la réforme de la tarification des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ?
N. B. Je tiens à repréciser qu'il n'a jamais été question de permettre une libéralisation sans contrôle des tarifs dans le secteur public et associatif. Je veux, d'emblée, vous rassurer : le décret concernant la tarification des Ehpad n'aura, en aucune façon, pour conséquence une augmentation des tarifs payés par les usagers dans les maisons de retraite. J'y veillerai personnellement. Ce décret permettra plus d'efficacité et d'équité en ce qui concerne les ressources en soins et dépendance des établissements. Il permettra aussi d'intégrer les prestations de psychologues dans le forfait soins et de ne plus être contraint par la règle qui imposait que 30 % des aides soignantes soient financées par la dépendance. J'ai demandé à la Direction générale de l'action sociale de reprendre les concertations sur la base d'une nouvelle version du décret. C'est après cette concertation que les arbitrages définitifs seront rendus et le projet de décret transmis au conseil d'État.
Pouvez-vous faire un point d'étape sur le plan de relance ?
N. B. Le plan de relance a permis d'autoriser la création de 12500 places en Ehpad, en 2009, soit six fois plus qu'en 2000. Cela représente un effet de levier très fort pour le secteur du BTP : 1,2 milliard d'euros soit un apport important au soutien de l'activité. C'est aussi près de 9000 emplois crées de façon pérenne dans les Ehpad pour répondre aux besoins de nos aînés et faire face au vieillissement de la population. Par ailleurs, la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie a engagée 330 millions d'euros d'aides à l'investissement pour que les créations de places et les reconstructions ne se traduisent pas par une hausse du reste à charge pour les familles.
Pouvez-vous nous donner quelques éléments sur les facteurs de réussite et les freins rencontrés par les accueils de jour et les hébergements temporaires ?
N. B. Le constat que je fais c'est que beaucoup trop souvent les accueils de jour se limitent à deux à trois places. Ce saupoudrage est insuffisant pour disposer d'une équipe, de locaux et d'un projet affecté à l'accueil de jour. De la même façon, il n'est alors pas possible d'organiser le transport pour permettre un accès effectif à l'accueil de jour des malades Alzheimer et de leur famille. Certains établissements ne peuvent pas les accueillir. Il faut donc aller plus loin. Les accueils de jour devraient disposer de huit ou dix places, d'une part et d'autre part revoir, lorsque c'est nécessaire, le niveau du forfait de transport fixé aujourd'hui à 10 euros par jour. Les expérimentations en cours nous permettront ainsi d'établir un cahier des charges précis auquel devront répondre les accueils de jour.
Propos recueillis par Anne Bariet
"Je veux donner au terme "aînés" une connotation positive."
Carte d'identité
Nom : Berra
Prénom : Nora
Âge : 46 ans
Études : docteur en médecine
Parcours : médecin spécialisé dans l'immunologie auprès des patients atteints du sida, dans différents laboratoires pharmaceutiques et à l'hôpital Édouard-Herriot de Lyon.
Fonctions actuelles : secrétaire d'État chargée des Aînés auprès du ministre du Travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité. Conseillère municipale de Lyon, députée européenne (liste UMP).