
« La direction doit donner les moyens au CSO de développer ce projet », indique le Dr Anne Carlet.
L’hygiène bucco-dentaire est un facteur-clé de la santé globale. Chez les personnes âgées ou handicapées, les problèmes de santé orale peuvent impliquer « de la malnutrition, des douleurs entraînant des troubles du comportement, des aggravations cardiovasculaires s’il y a des bactéries… », expose Alain Ngouma, président de l’association Santé orale et soins spécifiques et du Réseau handicap prévention et soins odontologiques d’Île-de-France (Rhapsod’if). Or, veiller à la santé orale des personnes accompagnées n’est pas toujours aisé. « Le simple fait d’accéder à la bouche, pour de nombreuses personnes en situation de handicap, n’est pas simple. Et les pathologies bucco-dentaires sont loin d’être toujours connues des infirmiers ou des aides médico-psychologiques », pointe Clémentine Brasseur, coordinatrice de l’association Acsodent dans les Pays de la Loire.
Une formation avec un retour d’expérience
Aussi, des formations de correspondant en santé orale (CSO) ont été développées. Elles visent tous les professionnels des établissements et services dans le handicap, l’aide à domicile ou encore le grand âge. « Plus il y aura de prévention en santé orale, moins il y aura besoin de soins lourds par la suite », insiste Clémentine Brasseur. Ces formations, financées par les agences régionales de santé ou dans le cadre du développement professionnel continu, existent dans toutes les régions. « Elles se sont déployées ces onze dernières années car de plus en plus d’établissements sont sensibilisés à l’importance de cette prévention », se satisfait le Dr Anne Carlet, secrétaire générale de l’Union française pour la santé bucco-dentaire, qui délivre des formations de CSO depuis 2014.
La formation dure deux jours à deux jours et demi consécutifs, toujours avec un retour d’expérience quelques mois après. La plupart du temps, elle réunit des professionnels de différents établissements.
Une fois formé, le professionnel devient le référent qui coordonne le suivi dentaire des résidents, organise des dépistages, produit des protocoles individualisés de soins ou bien des affichages communs dans la structure, sur le brossage de dents par exemple. Il partage les bonnes pratiques de repérage des problèmes dentaires avec ses collègues, et peut mettre en place des séances d’habituation aux soins (en jouant sur la luminosité, les sons d’un cabinet, les gestes familiarisant avec le déroulé d’une séance chez le dentiste…).
Enfin, le CSO assure un rôle d’interface. « Il présente aux intérimaires et vacataires ce qui est mis en place sur l’hygiène bucco-dentaire », précise Alain Ngouma. Auprès des familles aussi, notamment pour des publics jeunes, le CSO peut mettre en place des ateliers de sensibilisation, avec des actions à poursuivre à la maison.
Pérenniser la dynamique collective
Au-delà de son rôle de référent, c’est le mouvement collectif engagé qui est important. Le CSO « est le point de départ d’une dynamique de prévention dans tout l’établissement. Il doit emmener ses collègues », insiste Clémentine Brasseur. Là est le principal défi.
Devenir CSO n’ouvre droit à aucune revalorisation salariale ni temps dédié : tout repose sur la bonne volonté de la direction de favoriser la mise en place des actions de prévention. « Si les salariés formés n’ont pas le temps de faire des réunions entre eux, la dynamique risque de s'essouffler. La direction doit donner les moyens au CSO de développer ce projet », insiste le Dr Anne Carlet.
En binôme
Les organismes de formation préconisent souvent de sensibiliser un binôme plutôt qu’une personne seule, idéalement exerçant deux métiers différents, pour davantage d’émulation. D’autres prévoient une formation initiale délivrée à toute l’équipe avant la formation CSO d’un salarié. « Dans les équipes, il y a du turn-over : un référent bucco-dentaire ne fera rien tout seul ; il faut que toute l’équipe soit sensibilisée », soutient Alain Ngouma.
Fort de l’intérêt des établissements et services, certains organismes de formation visent de nouveaux publics. Acsodent forme, par exemple, depuis peu des travailleurs d’Esat. Clémentine Brasseur illustre : « On en forme une dizaine au sein du même Esat afin qu’ils puissent restituer ce qu’ils ont appris à leurs collègues. Le tout dans une idée de pair-aidance. »
Maïa Courtois
Point de vue
Fanny Patureau, directrice du pôle Accompagnement et soins, Pastel de Loire
« Nous avons quatre CSO au sein de nos établissements pour personnes cérébrolésées. Plus on se forme sur ce sujet, plus on est sensibilisé aux troubles du comportement liés à la douleur, au repérage des difficultés, etc. Ces formations sont prises en charge par l’agence régionale de santé : nous n’avons que les salaires et remplacements à assumer. En sortant de session, les salariés sont tout feu, tout flamme, c’est notre responsabilité que d’entretenir ces bonnes volontés. Au quotidien, le chef de service doit faciliter la mise en place des actions de prévention auprès des résidents. Les réunions d'équipe sont le bon endroit pour que les CSO transmettent leur expertise et questionnent les pratiques des collègues, par exemple sur le brossage de dents. Enfin, continuer de former chaque année une ou deux nouvelles personnes permet de maintenir une dynamique collective. Car avec le turn-over des salariés, on se retrouve très vite sans correspondant. Les mobilités internes créent aussi des déséquilibres : deux référents dans une unité, zéro dans une autre… Nous avons récemment inscrit de nouvelles personnes aux formations, dans l’objectif d’avoir un CSO par unité. »
Publié dans le magazine Direction[s] N° 248 - janvier 2026