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Entretien avec Manuel Pélissié (CPC)
“  Vers une architecture des diplômes plus lisible ”

01/07/2016

Missionnée par le gouvernement, la commission professionnelle consultative du travail social et de l’intervention sociale (CPC) met les bouchées doubles pour présenter à la rentrée les grandes lignes de la réarchitecture des diplômes du champ. Dans un climat de crispations avec certains syndicats, Manuel Pélissié, son président, revient sur les enjeux et les objectifs de la réforme.

Manuel Pélissié (CPC) © Christophe Boulze

En février dernier, la secrétaire d’État Ségolène Neuville a saisi la commission professionnelle consultative du travail social et de l’intervention sociale (CPC) sur la réforme des diplômes. Pourquoi ce nouveau chantier ?

Manuel Pélissié. Il faut remonter aux états généraux du travail social en 2013. Parmi les rapports des groupes de travail, celui de la CPC sur la réarchitecture des diplômes de décembre 2014 a été vivement contesté par les professionnels. La ministre nous avait demandé d’être audacieux. Nous avons donc suggéré une simplification du système de formation passant par un diplôme unique par niveau.
Après la levée de boucliers provoquée par cette proposition, le Premier ministre a chargé la députée PS Brigitte Bourguignon d’un nouvel opus sur le sujet. Plus consensuelles, ses préconisations [1] – en particulier la définition d’un corpus commun de compétences par niveau – ont été intégrées au plan d’action du travail social présenté en octobre 2015 par le gouvernement. De là, Ségolène Neuville nous a saisis à nouveau afin d’élaborer un schéma directeur pour l’ensemble des formations sociales, qui serait une première étape.

Avec quels objectifs ?

M. P. Préparer la réingénierie des treize diplômes pour simplifier l’organisation de la formation, et hisser ceux de niveau III au niveau II. Ce qui permettra de rejoindre le système universitaire « licence-master-doctorat » (LMD) et facilitera les passerelles. Une évolution qui, pour la fonction publique, conditionne le passage des agents de la filière sociale de la catégorie B à A. La ministre souhaite que la réforme soit prête pour la rentrée 2018. Autant dire demain. Entre-temps la donne politique changera probablement. Il faut donc que les éléments soient actés sans retour en arrière possible. Depuis février, la CPC [2] se réunit donc une fois par mois.
Le schéma directeur, que nous remettrons début septembre, se limitera à fixer les grandes lignes de la réforme. Avec ses six axes dont une vision globale des cadres d’emploi et des niveaux de qualification correspondants. Le travail sur le contenu des référentiels ne commencera qu’en octobre. Pour certains syndicats, ce chantier à marche forcée est impossible. Ces délais ne sont pas raisonnables, mais nous devons répondre à la lettre de mission.

La contestation est vive. La CGT et FO ont quitté la séance du 23 mai pendant que les travailleurs sociaux manifestaient… [3]

M. P. La difficulté majeure est politique car le gouvernement communique a minima, suscitant de nombreux fantasmes : d’où les discours sur la « casse des métiers » et l’abaissement de la qualité des diplômes… Or, il n’a jamais été question de créer un travailleur social unique ! Il appartient au ministère de faire des efforts de pédagogie, pourtant à maintes reprises demandés.

Quels sont les points de vigilance ?

M. P. Nous travaillons sur les répercussions de cette réarchitecture. Bouger un élément bouscule l'équilibre d’ensemble. Si les cinq diplômes du niveau III passent au II, faut-il en créer un nouveau de niveau III ? Ceux de niveau V vont-ils s’élever de façon mécanique en IV ? Quid des titres I et II ? Nous devons réfléchir au fait que tout d’un coup ces diplômes se retrouvent à égalité avec le certificat d’aptitude aux fonctions d’encadrement et de responsable d’unité d’intervention sociale (Caferuis). Qu'en est-il de son articulation avec le certificat d’aptitude aux fonctions de directeur Cafdes ? Selon moi, il manque un diplôme pour les directeurs généraux d’associations. Il est nécessaire de revisiter les niveaux master et doctorat et non de se focaliser sur celui de la licence.

Quelle est la stratégie de la CPC ?

M. P. Le seul moyen de réussir ce chantier est de ne pas oublier qu’on ne part pas de rien – il y a eu notre rapport de fin 2014 – et que l’histoire des diplômes de travail social est fondée sur l’expérience professionnelle. Un des objectifs est d’ailleurs de moderniser l’alternance et de développer l’apprentissage. Nous devons aussi tenir compte de la mutation du secteur. Revoir les notions de travail, d’action, d’intervention et de développement sociaux. Sans ces définitions, qui ont un impact sur le contenu et le périmètre des diplômes, le risque est de déboucher sur quelque chose de décalé.

Comment comptez-vous rassurer les professionnels ?

M. P. Il n’y aura ni suppression de diplôme d’État, ni disparition de leurs identités. En revanche, un titre ne va plus obligatoirement être lié à un métier. Il pourra correspondre à plusieurs, et inversement. Ce qui existe dans d’autres secteurs d’activité. Nous sommes en train d’élaborer des scénarios dans ce sens.

Comment imaginez-vous le corpus commun de compétences que prévoit le plan d'action ?

M. P. La CPC proposera de définir les contours d'un socle commun niveau par niveau, pas forcément radicalement différents. Il n’est pas question de fixer des pourcentages [4]. Ce n’est pas une affaire quantitative. Pour certains, ce socle commun entraînerait la perte de leur identité. Pourtant, quand on examine les référentiels des diplômes actuels, il y a des correspondances. Mon modèle est celui de la première année commune aux études en santé, après laquelle les étudiants s’orientent vers des spécialités. Nous pourrions avoir des mentions et des spécialités sans ébranler l’édifice.

Selon les opposants, la réforme tend faire reposer l’accompagnement des personnes fragiles sur les professionnels les moins qualifiés…

M. P. Pour lles personnels de niveau III, c’est une réalité : les tâches liées à l’organisation du travail prennent de plus en plus de place, au détriment de l’accompagnement. Ce n’est pas la réarchitecture des diplômes qui va changer cet état de fait, ni même l’amplifier. Même si c’était le cas, il appartient à la CPC, dans les futurs référentiels, de montrer comment on peut renforcer cette dimension. Mais la question est prématurée. Le Haut Conseil du travail social (ex-CITS) [5] doit encore se saisir du sujet.

Pourquoi la réforme est-elle importante pour les employeurs ?

M. P. Le secteur est en pleine transformation. La plupart des gestionnaires doivent se regrouper pour survivre, et leurs équipes de travailleurs sociaux correspondre à cette nouvelle donne. Aujourd’hui, un nouveau diplômé n’est pas facilement employable. Il faut une réelle adéquation entre le cursus et le travail dans les établissements. La difficulté est aussi de donner corps à la formation tout au long de la vie. La préoccupation des employeurs est double : que la réarchitecture soit viable financièrement – passer d’un diplôme de niveau III à II risque de coûter cher – et qu'elle ne soit pas une usine à gaz. La réforme qui se prépare ne sera pas le grand soir : elle vise un système plus lisible, auquel l’ensemble des acteurs du champ pourra se référer.

[1] « Reconnaître et revaloriser le travail social », rapport, juillet 2015. Lire Direction[s] n° 135, p. 10

[2] La CPC rassemble les organisations d'employeurs et de salariés, les pouvoirs publics et des personnalités qualifiées. Les prochaines réunions auront lieu les 11 juillet et 8 septembre.

[3] La CGT et FO ont été reçues le 16 juin par le cabinet de Ségolène Neuville.

[4] Le rapport Bourguignon proposait de construire un corpus commun qui représenterait 30 % du cursus pour les niveaux II et III.

[5] Rapport de préfiguration du CITS, par Brigitte Bourguignon, avril 2016

Propos recueillis par Noémie Colomb


Carte d’identité

Nom. Manuel Pélissié

Formation. DESS et DEA en droit public à l’université Paris I. Actuellement doctorant en travail social à l’université de Lisbonne.

Parcours. Directeur de la formation de la fédération d'employeurs Fehap (2000-2008). Président de l’observatoire de la branche associative sanitaire, sociale et médico-sociale (Bass) Unifaf (2005-2008). Directeur de l’Institut régional et européen des métiers de l’intervention sociale (Ireis) en Rhône-Alpes (2008-2014). Trésorier de l’Union des associations de formation Unaforis (2009-2014).

Fonction actuelles. Directeur général de l’Institut régional du travail social (IRTS) Paris Ile-de-France. Membre du conseil d’administration du syndicat d'employeurs Syneas depuis 2013 et du bureau de l’Association internationale pour la formation, la recherche et l’intervention sociale (Aifris). Vice-président de la 20e CPC sanitaire. Président de la CPC depuis avril 2016 au titre du collège employeur.

Publié dans le magazine Direction[s] N° 144 - juillet 2016






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