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Logement d’abord
Accélérer le mouvement

16/10/2025

Avec ses résultats probants, le Logement d’abord trace son chemin et prend un virage global en intégrant progressivement la santé et l’emploi. Reste à accompagner le dernier kilomètre en mobilisant les élus et les moyens adéquats ce, dans un contexte aussi difficile qu’incertain.

La maison relais des Weppes Jacques Vano, une pension de famille située à Salomé (Nord).

Le moment n’a pas été choisi au hasard. En septembre, dans un climat d’incertitude politique et d’austérité budgétaire, la Délégation interministérielle à l’hébergement et au logement (Dihal) a diffusé  un bilan encourageant du plan Logement d’abord II. Il faut dire que les résultats sont là. Depuis 2018, 710 000 personnes sans domicile ont été relogées. « L’impact de cette stratégie est manifeste », s’est réjoui Jérôme d’Harcourt, le délégué interministériel, rejoint par l’ex-ministre du Logement Valérie Létard et l’ensemble des associations. Aurait-on trouvé « la » politique publique qui fait l’unanimité ? « Personne ne remettra en cause la direction prise. Ce plan fait l’objet d’un véritable portage politique malgré les alternances, et est soutenu par tous les acteurs. C’est ce qui explique d’ailleurs qu’il fonctionne en partie, confirme Arnaud de Broca, délégué général de l’Union professionnelle du logement accompagné (Unafo). Malgré cela, nous n’allons toujours pas assez loin ni assez vite, notamment parce que les moyens ne sont pas à la hauteur. »

Continuité et approfondissement

Développement des pensions de famille, de l’intermédiation locative, du programme « Un chez-soi d’abord »… Initié en 2023, le volet II s’inscrit dans la continuité. « Le logement d’abord est une politique à installer sur un temps long. Que ce soient aux bailleurs, aux associations ou aux administrations de l’État, cela demande à tous de changer de fortes habitudes », contextualise Manuel Hennin, adjoint au Dihal.

Face à la hausse des demandes de logements sociaux, le curseur sur l’intermédiation locative a donc été maintenu pour diversifier l’offre dans l’habitat privé. Bilan ? La moitié des 30 000 places supplémentaires prévues d’ici à 2027 ont été créées, avec une mobilisation pour l’accueil des déplacés d’Ukraine. Mais, il faut sans cesse convaincre... Alertées sur une potentielle suppression de la garantie Visale dédiée, les fédérations sont montées au créneau. Pas question de voir disparaître cette « clé de voûte qui sécurise les propriétaires et rend possible la signature des mandats de gestion ». « Nous sommes aujourd’hui rassurés et les discussions vont se poursuivre avec Action Logement. Nous ne le dirons jamais assez : notre parc comprend au moins 60 % de locataires salariés. Ce n’est pas du pro bono ! », insiste Kamel Senni, responsable du pôle Logement d’abord du réseau associatif Soliha.

Sur le terrain, ce travail de conviction des élus fait son chemin. Création de plateformes territoriales de captation de logements en Gironde et à Lyon, de primes incitatives à destination des propriétaires dans le Doubs ou la métropole du Grand Nancy… Les initiatives se multiplient, signe d’un intérêt grandissant, notamment pour les pensions de famille. En juin, un tiers des 10 000 nouvelles places prévues avaient déjà vu le jour. « Il y a une réelle dynamique même si on est toujours en deçà des besoins. Une pension de famille c’est vingt-cinq logements en moyenne, rappelle Arnaud de Broca. C’est beaucoup plus compliqué pour les foyers de jeunes travailleurs et résidences sociales. »

Booster les résidences sociales

Le développement des résidences sociales est un axe du plan II, travaillé avec les fédérations. Entre 2023 et 2024, 12 230 agréments ont été délivrés. Soit moins de la moitié de l’objectif fixé... « Il n’y a pas de véritable réflexion sur le modèle économique pour la production et l’achat foncier face à l’augmentation des coûts. Des financeurs s’en vont. Et, il faut des moyens pour l’accompagnement sinon toute la promesse tombe à l’eau », pointe Arnaud de Broca.

Pourtant, le plan de relance s’est accompagné d’une réforme de l’aide à la gestion locative sociale. « L’ensemble des gestionnaires vont pouvoir en bénéficier avec une simplification des règles de distribution et un barème beaucoup plus homogène, un resserrement du lien avec les services intégrés d’accueil et d’orientation (SIAO) et l’augmentation de 5 millions d’euros de l’enveloppe consacrée », argumente Manuel Hennin. Une réforme bienvenue mais « insuffisante mécaniquement avec un public de plus en plus précaire et une mixité à financer » selon le délégué général de l’Unafo : « Les gestionnaires manquent de solutions pour les travailleurs précaires, les familles monoparentales… Il faut passer à la vitesse supérieure. » Un souhait partagé par Emmanuel Bougras, responsable Stratégie de la Fédération des acteurs de la solidarité : « Il faut accélérer l’offre de logement abordable, la construction de logements sociaux… C’est tout le rôle du préfet et le nôtre de susciter l’intérêt pour débloquer les autorisations de permis de construire. »

Axe pluridisciplinaire

Des préfets mobilisés sur une approche globale de la grande précarité, par une récente circulaire [1]. « Trouver des solutions pluridisciplinaires passe par un co-accompagnement avec le service public de l’emploi et en connexion avec l’insertion par l’activité économique. L’accent est aussi mis sur la santé grâce à des liens plus étroits avec le médico-social. Le sans-abrisme est une question transversale et c’est un signal important envoyé à tous les services », affirme Manuel Hennin.

Et concrètement ? La première des urgences est de redonner de l’oxygène au dispositif d’hébergement saturé, en identifiant les personnes en long séjour avec une situation administrative adéquate. Aussi, au moins 5 % des attributions de logements sociaux seront au bénéfice des ménages de l’hébergement généraliste. Les résidences sociales devront aussi mettre à disposition des SIAO les logements relevant du contingent préfectoral. Des SIAO voulus comme la pierre angulaire du Logement d’abord II. Pour y parvenir, une mise à jour de la convention liant l’État à l’opérateur porteur du service est engagée. « C’est l’expert de l’offre et des solutions mobilisables sur le territoire. C’est tout l’enjeu d’une gouvernance partagée sous l’égide du préfet dans les départements. Mais cela nécessite un travail sur les systèmes d’information et les capacités d’orientation », précise l’adjoint au délégué interministériel.

Sur le volet santé, les SIAO et les équipes sociales et médico-sociales sont mobilisées sur la fluidification des parcours des sans-abri nécessitant des soins. Quand, sur le volet emploi, un parcours « accès aux métiers en tension et au logement » est en cours de modélisation pour les publics hébergés. « Il faut voir comment les SIAO peuvent intégrer ces évolutions. Le décloisonnement des politiques publiques ne se décrète pas, ni sur la santé ni sur l’emploi. Il y a un enjeu de préparation des acteurs », modère Emmanuel Bougras.

Vent contraire

« Ce plan s’est progressivement élargi, nous ne sommes plus du tout dans le seul  “housing first”. Mais il a le vent de face du fait des difficultés de la lutte contre le mal-logement, de la hausse des expulsions, de la grande précarité, des obstacles à la régularisation des sans-papiers. C'est comme une baignoire avec un robinet ouvert, souligne Kamel Senni. En outre, les différents acteurs associatifs ne se rencontrent pas assez. Il faut que nous arrivions à travailler tous ensemble. » Ce qui nécessiterait un décloisonnement encore plus grand avec le ministère de l’Intérieur et celui de l’Écologie, porté par une politique globale du logement « digne de ce nom ». « Quelques tentatives ont été faites par des ministres, dont Valérie Létard, mais ont été coupées dans leur élan pour des raisons budgétaires », illustre-t-il.

Pour les acteurs, il faut donc se mettre en marche pour bâtir un plan III. Parmi les nécessités ? Accentuer la prévention des expulsions locatives, l’intervention auprès des jeunes, la prise en charge des personnes sans domicile vieillissantes et élargir le scope aux territoires ultramarins et aux zones rurales. En misant notamment sur le partage des bonnes pratiques (approche par les compétences et réduction des risques), estime Emmanuel Bougras. « La résilience professionnelle et l’essaimage sont de vrais sujets, confirme Manuel Hennin. La problématique du risque 0 est inhérente à la question sociale et on peut l’appréhender collectivement en prenant chacun sa part. » L’appel sera-t-il entendu ? La crainte d’un essoufflement avec les prochaines échéances électorales est vive mais la confiance reste de mise. « La Dihal a traversé plusieurs ministères, plusieurs présidents, rappelle Kamel Senni. C'est devenu une administration de gestion plus que de mission, une grosse machine avec une forte résilience et la confiance des associations. »

[1] Circulaire Nor : ATDI2504390J du 24 juillet 2025

Laura Taillandier

Repères

3 175 : c’est le nombre de places ouvertes sur 37 territoires fin 2024 avec le programme « Un chez-soi d’abord ». 

195 000 : c’est le nombre de personnes ayant obtenu un logement social depuis 2018.

+ 50 % : c’est l’augmentation des expulsions locatives entre 2017 et 2024. 

Quel avenir pour l’aide à la pierre ?

C’est l’un des sujets de préoccupation : l’avenir du Fonds national des aides à la pierre, qui ne disposera plus des financements nécessaires à compter de 2026. Sa création reposait sur un fonds de péréquation géré par les bailleurs sociaux qui se superposait au financement par crédits budgétaires des aides à la production de logements sociaux. Or, l’État s’est désengagé depuis 2018, laissant Action Logement combler ce vide. « L’ex-ministre du Logement s’est dite favorable à son maintien mais en attente de leviers », rapporte l’Union sociale pour l’habitat. Le sénateur Jean-Baptiste Blanc (LR) préconise l’inscription dans le projet de loi de finances pour 2026 d’un maintien à au moins 250 millions d’euros du niveau de recettes du fonds.

Publié dans le magazine Direction[s] N° 246 - novembre 2025






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