Que vous inspire ce revirement de doctrine ?
Pierre-Alain Sarthou. Beaucoup de circonspection. D’abord quant à la brutalité de l’annonce : décider unilatéralement de mettre fin au modèle sans même consulter les associations est regrettable. Circonspection encore quant à l’efficacité des unités judiciaires à priorité éducative (UJPE), envisagées pour les remplacer : relativement similaires en termes de méthodes éducatives, elles compteront moins d’équivalents temps plein par structure. On voit mal comment elles pourront répondre aux besoins de l’enfance délinquante. Nos adhérents constatent pourtant que les CEF, qui proposent une contenance très forte dans une logique de dernière chance, sont plébiscités par les juges comme alternatives à l’incarcération. Enfin, demander à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) d’entreprendre une telle réforme sur le plan pénal au moment où le garde des Sceaux lui enjoint de réinvestir la protection de l’enfance au sens civil interroge.
Qu’adviendra-t-il des CEF associatifs ?
P.-A. S. Ils ont eux aussi vocation à devenir, à terme, des UJPE si la réforme est menée à bout. Le placement en CEF étant aujourd’hui toujours prévu par la loi, ils permettront donc d’opérer une transition. En revanche, c’est l’incertitude quant au calendrier. Il sera discuté avec nous, nous a assuré la direction de la PJJ qui semble soucieuse de travailler dans une démarche de co-construction, même si nous ne sommes pas certains que notre avis sera pris en compte. En tout état de cause, la réforme devra reposer sur un dialogue très ouvert avec les directions de CEF, qui ne comprennent pas pourquoi on leur demande de changer ce qui leur semble fonctionner.
Un projet de loi de refondation de la protection de l’enfance est aussi attendu au premier trimestre. Quatre ans après la loi Taquet, est-il nécessaire ?
P.-A. S. Ce qui l’est, c'est l’application de la loi. Pour autant, il faut saluer la volonté de l’État de remettre le sujet au centre du débat politique. L’option retenue étant de passer par la loi pour améliorer les choses, nous soutiendrons le texte et avons proposé soixante-dix amendements pour en conforter la portée. Toutefois, il faut appeler un chat un chat : si ses axes sont ambitieux, ses mesures relèvent surtout de l’ajustement et du réglage. Rien à ce stade n’est suffisant pour parler de refondation.
Propos recueillis par Gladys Lepasteur
« Nous n’avons aucune échéance »
Frédéric Barthélémy, directeur du CEF de Saverne
« Oui, certains CEF peuvent dysfonctionner, mais ils peuvent aussi avoir des projets éducatifs qui réussissent ! En outre, ils ne sont pas fermés au sens propre, comme le garde des Sceaux semble le découvrir. Ici, nous avons bâti un projet d’ouverture, sans grillage ni caméra. Plutôt que d’empêcher les jeunes de partir, on leur donne envie de rester et c’est ce qui fonctionne ! Désormais, je sais que l’on va fermer mais nous n’avons aucune échéance. Les équipes s’interrogent. J’essaie d'être rassurant mais personne n’est formé à la fermeture d’un établissement dans ces conditions ! On a surtout l’impression que tout se décide sans nous : qu’est-ce que c’est que ce “partenariat” ? Nous ne sommes pas des structures publiques, on ne peut donc pas attendre de nous que nous appliquions aussi simplement une telle décision. C’est quand même plus compliqué que cela ! Nos associations ont leur projet et défendent leurs valeurs. »
Publié dans le magazine Direction[s] N° 248 - janvier 2026