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Décentralisation
« Nous sommes à un moment de bascule »

17/12/2025

Il est urgent d’opérer des choix clairs en matière de décentralisation, défend Robert Lafore. Alors que le Premier ministre a dévoilé mi-novembre les grandes lignes de son projet de réforme de l’État, le professeur de droit public spécialiste des politiques sociales défend une logique de compétences intégrées pour en finir avec une approche verticale et sectorielle.

Une nouvelle étape de décentralisation est-elle nécessaire ?

Robert Lafore. Oui je le pense. Depuis 1983, on a déjà connu quatre actes importants et, à chaque fois, on s’est contenté d’adapter le système, sans réflexion d’ensemble. Résultat : attributions, financement, relations entre les acteurs… C’est le flou total. Le système dysfonctionne tant du point de vue de sa clarté démocratique, que de son fonctionnement et de son efficience.

Comment jugez-vous, à ce stade, les intentions du Premier ministre ?

R. L. On verra ce qu’il en sortira, mais il est probable qu’il ne soit question que d’une nouvelle retouche. Le transfert de compétences envisagé ne le sera vraisemblablement qu’en apparence car, faute de ressources importantes, les départements n’auront pas la possibilité d’agir vraiment. Par ailleurs, le projet soulève déjà des questions, notamment sur le choix de scinder la gestion du sanitaire en confiant l’offre hospitalière aux préfets et l’offre de proximité ainsi que le médico-social aux départements. Pourquoi ce découpage alors que c’est justement pour connecter ces politiques qu’ont été créées les ARS ? Rappelons d’ailleurs qu’elles l’ont aussi été pour techniciser et surtout dépolitiser la régulation du sanitaire, en la soustrayant à l’influence des notables locaux et des préfets ! Certains élus semblent aujourd’hui vouloir « la peau » des agences et l’État y répond… en voulant les replacer sous la coupe des préfets.

En quoi consisterait alors une réforme pertinente ?

R. L. Nous sommes à un moment de bascule. On ne peut plus penser selon une logique verticale et sectorielle, en confiant à telle collectivité telles compétences. Les politiques publiques sont devenues trop interdépendantes. Il faut aller vers une logique de compétences intégrées – l’idée étant que la mise en œuvre des compétences des uns ne perturbe pas celle des autres. Ainsi, l’acteur responsable du développement économique d’un territoire ne doit pas pouvoir s’exonérer des conséquences sociales de ses choix. Il faut donc envisager une articulation renforcée entre bloc de collectivités – et notamment entre la région d’un côté, susceptible de mener de grands projets de développement économique et social et d’envisager la connexion entre les territoires ; et les départements de l’autre, traitant les difficultés sociales liées à l’efficience des politiques régionales. Tout cela devrait bien sûr être réfléchi entre les niveaux verticaux (État, régions, départements…) et horizontaux (préfets de région…). Et ne pourra éluder la question des financements : si elle est renforcée, l’autonomie locale devra être gagée par une capacité à maîtriser les ressources.

* Lire notre enquête La grande clarification

Propos recueillis par Gladys Lepasteur

Publié dans le magazine Direction[s] N° 248 - janvier 2026






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