
« La cartographie de l’offre au regard des évolutions démographiques est nécessaire », insiste M. Bourquin (FHF).
Qu’espérer du plan Grand âge attendu début 2026 ? Au gré de ses communications, la ministre Charlotte Parmentier-Lecocq en a esquissé les contours pour faire face au choc démographique : prévenir la perte d’autonomie et développer l’habitat intermédiaire. « Beaucoup de choses sont déjà sur les rails », a-t-elle ajouté. Le budget de la Sécurité sociale pour 2026 prévoit le financement du fonds de mobilité des aides à domicile, une rallonge de l’objectif global de dépenses personnes âgées de 150 millions d’euros, la création de 4 500 postes en Ehpad et de 10 000 places en habitat partagé. Pour essaimer cette alternative, la ministre dispose aussi des préconisations de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie évaluant le besoin à 500 000 nouvelles solutions d’ici à 2050 et de l’avis du Conseil d’État sur les freins juridiques à lever. « Il faut aussi transformer l’existant. Les Ehpad doivent évoluer vers des habitats regroupés donnant accès à des services », souhaite Pierre Roux, président de l’association de directeurs AD-PA. Charlotte Parmentier-Lecocq entend établir une cartographie infradéparmentale de l’offre au regard des projections démographiques. « Un travail nécessaire : dans certains territoires pourtant moins bien dotés, le vieillissement de la population sera beaucoup plus impactant », appuie Marc Bourquin, conseiller Stratégie de la Fédération hospitalière de France (FHF).
Miser sur l’attractivité
En revanche, la prévention interroge. « Derrière la vaccination des résidents contre la grippe, désormais obligatoire, on peut aussi y voir une atteinte à leur citoyenneté », objecte Pierre Roux. « La généralisation de la détection précoce des fragilités, votée à l’unanimité en 2024, ne s’est pas encore traduite en décret ; il n’y a pas de ligne budgétaire pour ce programme Icope, s’agace Marc Bourquin. Il faut pourtant s’organiser : en cas de perte d’autonomie constatée, qu’est-ce qu’on fait ? »
Autre point de vigilance ? « Avoir des professionnels au service des personnes en nombre et aux qualifications suffisantes », insiste Pierre Roux. La ministre de la Santé a promis, de son côté, un futur plan sur la question de l’attractivité des métiers, avec l’aide d’une mission de l’Inspection générale des affaires sociales. Avec quels moyens ? Charlotte Parmentier-Lecocq a déjà renvoyé la question du financement global de la dépendance à la présidentielle. « La campagne arrivera vite. Il faudra le courage politique de trancher : un financement public alimenté notamment par les droits de succession en pleine croissance ? La solidarité ? L'assurantiel ?, liste Marc Bourquin. À force de procrastiner, on va le payer très cher. »
Laura Taillandier
Publié dans le magazine Direction[s] N° 248 - janvier 2026