La goutte de trop dans un océan de reports. Le départ annoncé de la ministre déléguée à l'Autonomie pour cause de municipales a signé un énième renvoi du plan Grand âge à une date indéterminée. « Nous avions l'espoir qu'il crante un certain nombre d'impératifs avant la présidentielle : comment réussir l’approche domiciliaire ? Mettre en œuvre des actions fortes sur l'habitat intermédiaire ? S'attaquer à l'attractivité des métiers ?... Aujourd'hui, nous sommes fatalistes. Nos adhérents ne voient plus de lumière », se désole Jean-Pierre Riso, président de la fédération de directeurs Fnadepa. Il faut dire que depuis le rapport El Khomri, il y a six ans, les publications alarmantes s’empilent. Dernière en date ? Celle du service des statistiques du ministère de la Santé [1] qui expose deux scénarios pour faire face au choc démographique d'ici à 2050 : soit conserver le rythme d’entrée en Ehpad en y créant 365 000 nouvelles places ; soit permettre à 698 000 personnes supplémentaires de vivre à domicile, y compris en habitat intermédiaire. Cette dernière option supposerait de multiplier par 4,6 les places en résidencesautonomie. Dans les deux cas, le recrutement d'au moins 156 000 personnels supplémentaires serait nécessaire pour prodiguer les soins de base. Voire davantage si la hausse des divorces et la baisse du nombre d’enfants se traduisent par davantage de personnes isolées aux âges élevés…
S'attaquer à la crise d'attractivité
« Que faut-il de plus pour que les pouvoirs publics réagissent ? Quel est plan ? Quelle est la stratégie ? », interpelle Laetitia Verdier, directrice générale de la fédération du domicile Adedom. Le secteur demande avant tout la loi de programmation, prévue initialement... pour fin 2024. Mais comment recruter face au manque d’attractivité ? « Dans la branche, nous essayons avec nos moyens de faire évoluer les choses mais nos avenants ne sont pas agréés », poursuit Laetitia Verdier. « Il faut nous aider à innover sur la qualité de vie au travail, souligne Jean-Pierre Riso. Semaine de quatre jours, plannings réorganisés... Pour arriver à fidéliser, il faut un équilibre entre vies professionnelle et personnelle. »
L’inspection générale Igas vient d'apporter sa pierre à l'édifice avec le résultat de trois missions sur le sujet [2]. Parmi ses préconisations ? Rénover l’architecture des diplômes et créer une nouvelle certification d’assistant en gérontologie pour les faisant-fonction d’aide-soignant en Ehpad. Elle propose aussi une stratégie nationale des ressources humaines pilotée par un comité interministériel et une seconde centrée sur la suppression des ports de charge, grâce à un investissement massif en matériels.
Une question interministérielle
« C'est structurant, il y a de quoi construire quelque chose d’ampleur. Nous avons vrai sujet de pyramide des âges dans le domicile. Comme sur la sinistralité : si seulement on pouvait avancer ! Cela représente un coût élevé mais c'est un enjeu pour l’avenir », relève la responsable d'Adedom. Même enjeu côté formation : « Donner des perspectives de carrière aux auxiliaires de vie demande de prendre à bras-le-corps le sujet de l'accompagnement à la validation des acquis de l'expérience.» « Qu'elle soit initiale ou continue, l'enjeu de la formation est primordial. Il faut augmenter le taux d’encadrement et diversifier le profil des salariés, abonde Jean-Pierre Riso. Le soutien aux regroupements, le rôle des départements et régions tout comme la dimension interministérielle sont aussi intéressants. Mais cette dernière doit se concrétiser localement sur la politique de l’emploi avec France Travail. » De quoi alimenter le plan sur l'attractivité des métiers promis par la ministre de la Santé en décembre. S'il est présenté.
[1] Étude n° 1365, février 2026
[2] Disponible sur www.igas.gouv.fr
Laura Taillandier
Publié dans le magazine Direction[s] N° 250 - mars 2026