
Annabelle Vêques, directrice générale de la Fnadepa.
Pourquoi une enquête consacrée aux risques psychosociaux ?
Annabelle Vêques. Cela fait bien dix-huit mois que nous recevons des alertes de nos associations locales sur des cas de burn-out ou de démissions soudaines. Nous avons souhaité mesurer l’ampleur du phénomène. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 85 % des directeurs déclarent un sentiment d’épuisement professionnel. Il ne s’agit pas d’une fatigue ou d’un coup de mou mais bien de quelque chose de structurel. Nous avons donc engagé une feuille de route pour accompagner nos adhérents avec des outils pratiques (webinaire, guide, formations…). C’est une pierre à l’édifice qui ne compensera pas une réponse institutionnelle. Leurs difficultés ne sont pas liées au poids du quotidien (les directeurs ont signé pour un métier exigeant en connaissance de la charge de travail), mais aux injonctions paradoxales. Le besoin de faire un travail de qualité se heurte à l’excès de normes, au manque de personnels, aux problèmes financiers et les conduit à des arbitrages contraires à leurs valeurs. L’absence de perspectives pèse aussi énormément. Les directeurs ressentent un manque de considération, de la colère et certains nous disent vouloir jeter l’éponge en faisant valoir plus tôt leur droit à la retraite.
Selon votre enquête, 40 % envisagent de quitter leur poste…
A. V. Et ce malgré l’attachement à la fonction, la diversité des projets, les relations avec les résidents, leur équipe… Pour l’instant, heureusement, nous ne constatons en pratique qu’une accélération du turn-over. En premier lieu parce qu’il n’est pas simple de retrouver un autre métier qui fait sens, et tout le monde ne peut pas devenir consultant, formateur ou évaluateur externe. Reste un vrai risque à moyen terme. Les campagnes de recrutement sont centrées sur les soignants, mais c’est d’une opération plus large, sur le grand âge en général, dont nous avons besoin, notamment face au vieillissement de la population. Les pouvoirs publics doivent s'emparer du sujet. Le bateau ne tiendra pas sans capitaine.
Qu’attendez-vous de la future conférence de l’autonomie ?
A. V. Nous nous sommes associés à huit autres fédérations pour définir une ligne d'action commune. Le moment politique est particulier. Nous savons que ce n’est pas en fin de quinquennat que nous obtiendrons de grands arbitrages, a fortiori dans la situation économique actuelle. Mais, nous avançons groupés et combatifs pour obtenir des évolutions opérationnelles qui permettent d'améliorer le quotidien des gestionnaires. Nous espérons que cette conférence ne sera pas qu'un moyen d'occuper l’espace médiatique, en brassant de l'air et empilant les rapports. On sait aujourd’hui très précisément ce dont a besoin le secteur : une trajectoire. Le président Emmanuel Macron s’honorerait à laisser cette empreinte.
Propos recueillis par Laura Taillandier
Le déficit des Ehpad se stabilise
Environ 60 % des Ehpad autonomes présentaient un déficit cumulé de 145 millions d’euros en 2024, selon les données publiées par la Direction générale des finances publiques en mai. Cette proportion se rapproche du niveau de 2022 (61 %), après une forte hausse en 2023 (70 %). Le constat est similaire pour les Ehpad rattachés à des collectivités ou des établissements publics locaux : 54 % sont dans le rouge, contre 64 % en 2023. Néanmoins, le déficit total atteint 80 millions d’euros, soit 15 millions de plus qu’en 2022. De quoi illustrer « la fragilité persistante du modèle économique » et interroger « directement la capacité à maintenir une offre d’accompagnement accessible et de qualité » pour l'Union nationale des centres communaux d'action sociale.
Publié dans le magazine Direction[s] N° 253 - juin 2026