
Marie-Cécile Darmois, vice-présidente du Syndicat des manageurs publics de santé (SMPS).
Fin septembre, votre congrès décryptait les réformes statutaires dont les D3S sont encore exclus. Comment l’expliquez-vous ?
Marie-Cécile Darmois. Le discours sur la fusion des corps des directeurs hospitaliers (DH) et des D3S nous a desservis en entretenant une confusion entre ces deux métiers. Il y a des similitudes au niveau du concours, de la formation, parfois même des responsabilités, mais l’exercice n’est pas le même, ni la configuration d’équipe ni les publics accompagnés. La réforme de la haute fonction publique devrait naturellement s'appliquer à eux. L'exécutif a promis de relancer le groupe de travail dédié après les élections professionnelles de décembre. Nous continuerons ce combat : à responsabilité égale, rémunération égale. C'est urgent face au manque d’attractivité et à la fuite de 20 % des effectifs vers le corps des DH. L’inaction contre l’extinction progressive des D3S m’interroge : cela veut-il dire que l’on n’accorde pas d’attention aux publics vulnérables, pourtant au cœur d’enjeux de société ?
Le déploiement des directions communes au sein des groupements hospitaliers de territoire accentuera-t-il cette crise ?
M.-C. D. Aujourd’hui, des postes sont réservés aux D3S en hôpital de proximité. L’administration veut désormais profiter de toute vacance de poste pour installer une direction commune. Nous ne sommes pas opposés à l’ouverture d’une réflexion à cette occasion, mais avec les équipes concernées. Chaque territoire a ses spécificités et la direction commune peut fonctionner, comme pas du tout. C’est encore une fois une méconnaissance du travail des D3S. On leur enlève une perspective de carrière, en sacrifiant aussi une fonction formée pour travailler sur des logiques de parcours en proximité.
Qu’attendez-vous du nouveau directeur général du Centre national de gestion, Frédéric Pigny ?
M.-C. D. De la communication et des échanges pour trouver ensemble des solutions pertinentes aux difficultés d'exercice : soutien des jeunes managers, adaptation au risque climatique, actions sur la qualité de vie au travail et les risques psychosociaux... La canicule a fatigué nos résidents, mais aussi nos équipes. L’amélioration de l’équilibre entre vies personnelle et professionnelle est à cultiver, particulièrement la parentalité. Nous devons nous adapter aux attentes des cadres. Nous sommes à une période charnière, y compris dans la façon de manager.
Selon l’intitulé de votre congrès, « par tous les temps les manageurs de santé tiennent le cap ». Jusqu’à quand ?
M.-C. D. Faute de réforme statutaire digne de ce nom, on ira droit dans le mur. Il y a plusieurs catégories de directeur : les jeunes, les incorrigibles optimistes, les opportunistes (qui iront chercher une meilleure carrière), les fatalistes et, enfin, les combattants qui essayent de faire bouger les lignes malgré l’absence de réformes. Or, ces résistants commencent sérieusement à se fatiguer...
Propos recueillis par Laura Taillandier
Publié dans le magazine Direction[s] N° 256 - octobre 2026