Ceci est un test

Directions.fr : Le site des directeurs et cadres du secteur social et médico social

Centres de ressources territoriaux
Clarification attendue

18/06/2026

Permettant de renforcer le maintien à domicile des personnes âgées, les centres de ressources territoriaux font l’objet d’évaluations, dans la perspective d’une possible révision de leur cahier des charges. L’enjeu ? Éclaircir leur rôle dans un paysage médico-social complexe et mesurer leur efficience.

Le second volet cadrant l’action des CRT concerne l’accompagnement renforcé à domicile des publics, ce qui comprend une exigence d’astreinte.

Quatre ans après leur création, les centres de ressources territoriaux (CRT) sont-ils déjà amenés à évoluer ? C’est tout l’enjeu des enquêtes que la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) a confiées à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie pour la partie quantitative, et à l’Agence nationale d’appui à la performance (Anap), côté qualitatif (lire l’encadré). À la clé : la possible révision de leur cahier des charges. Visant à soutenir le maintien à domicile des personnes âgées en situation de fragilité ou de perte d'autonomie, les actions des CRT reposent aujourd’hui sur deux volets. Le premier, l’appui aux professionnels du territoire et l’accès aux soins et à la prévention ; le second, l’accompagnement renforcé à domicile des publics. Financés à hauteur de 400 000 euros par an chacun par les agences régionales de santé, ils peuvent être portés soit par un Ehpad, en lien avec des services à domicile, soit par l’un de ces derniers, sur la base d'un conventionnement avec un établissement.

Sur le terrain, les acteurs soulignent l’utilité du modèle. « C’est une vraie réussite. Il permet de créer des ponts entre le monde des Ehpad et le domicile, souligne Thomas Scrive, directeur de la Fédération ADMR du Jura, qui porte un CRT en milieu rural. La plus-value vient de leurs professionnels, qui apportent des ressources supplémentaires pour répondre à des situations complexes» « Les retours sont très positifs, qu'ils proviennent des personnes âgées, des proches ou des équipes », abonde Anne Baudrillard, cheffe de projet national à la Croix-Rouge française, qui accompagne sept centres. Un signe qui ne trompe pas : « Nous avons très peu de turn-over dans nos équipes de CRT. Les professionnels y trouvent du sens. » 

« Ne pas se disperser ! »

Les CRT répondent en effet à « un vide manifeste » dans l’accompagnement des personnes âgées à domicile, confirmaient les députés Thierry Frappé (Rassemblement national) et Annie Vidal (Renaissance), dans leur rapport d’information publié en juin 2025 [1]. Ils y soulignaient notamment la capacité de ces dispositifs à repérer des situations complexes, à coordonner les interventions et à mobiliser l’ensemble des ressources disponibles. Pour la Fédération française des CRT, l’enjeu aujourd’hui n’est donc pas tant de « remettre en cause le modèle » mais surtout d’« ajuster son périmètre d’action ». L’organisation entend rédiger cet été un plaidoyer assorti de préconisations pour améliorer le futur cahier des charges. En attendant, elle a réalisé son propre bilan : 55 % des répondants déclarent avoir rencontré des difficultés de mise en œuvre. Ce, essentiellement sur le volet 1, dont les missions peuvent paraître très vastes : actions d’information et de sensibilisation à destination des professionnels, de prévention et de repérage des fragilités pour les personnes âgées, de lutte contre l’isolement des aidants… « À vouloir tout faire, le risque est de se disperser ! Et ce volet est assez peu financé... », pointe le professeur Claude Jeandel, médecin gériatre et conseiller médical à la Fondation Partage et Vie qui porte 12 CRT sur plusieurs régions. « Il faut effectivement être vigilant à ne pas proposer des actions qui existent déjà sur le territoire », soulignent Marion Dufrenoy Beunard et Gaëlle Griboval, respectivement coordinatrice de CRT et directrice d’Ehpad à l’Association hospitalière Nord Artois Clinique (Ahnac). D’où l’importance de réaliser correctement en amont le diagnostic territorial pour éviter les doublons. Leurs deux CRT ont d’ailleurs décidé d’expérimenter depuis peu un accompagnement individuel. « Ce qui n’est pourtant pas prévu dans le cahier des charges, mais nous avons identifié un manque », justifie Gaëlle Griboval. 

Trouver sa place

Malgré ces précautions, la difficulté de positionnement des CRT est manifeste dans un paysage médico-social déjà très dense, avec les dispositifs d’appui à la coordination (DAC), l’hospitalisation à domicile (HAD), les plateformes d’accompagnement et de répit, les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), ou encore les services publics départementaux de l’autonomie (SPDA). Dans leur rapport, les députés relevaient ce manque de lisibilité et « un positionnement incertain dans le paysage actuel de l’accompagnement à domicile, qui laisse un sentiment de millefeuille et de doublons ».

« Au démarrage, les partenaires ont eu du mal à comprendre notre fonctionnement et nos missions. Beaucoup se disaient : "C'est quoi ce truc ? On n'a pas besoin de ça, ce qu'il nous faut, ce sont des professionnels", témoigne Thomas Scrive. Mais ces interrogations ont été très rapidement levées avec les premières prises en charge»

Pour Anne Baudrillard, de la Croix-Rouge française, des progrès ont même été réalisés : « Cinq de nos sept CRT étaient auparavant des dispositifs d’accompagnement renforcé à domicile. Grâce à cette transformation, nous avons gagné en légitimité. » À condition de bien travailler au préalable les articulations avec les partenaires. « La grande différence avec les DAC ou les CPTS est que les CRT sont effecteurs. Ils interviennent concrètement auprès des personnes accompagnées », soutient Olivier Lefebvre, président de la Fédération des CRT, tout en reconnaissant le « besoin de clarification ».

L’astreinte en question

Sur le volet 2 – « l’essence même des CRT qu’il faudrait renforcer » selon le professeur Claude Jeandel –, l’une des difficultés concerne l’astreinte. Ces dispositifs doivent être en mesure d’assurer une réponse 24 heures sur 24 et sept jours sur sept aux publics qu'ils accompagnent. Or l’enquête de la fédération décrit cette exigence comme « complexe, coûteuse et dotée d’une plus-value discutée ». « Le nombre d’appels est insignifiant, il est nécessaire de mieux identifier les besoins », reconnaît Thomas Scrive. Faut-il supprimer ou reconfigurer l’astreinte ? « Même si elle est peu sollicitée, elle est vitale pour sécuriser les personnes âgées et leurs aidants », plaide Anne Baudrillard. Pour Olivier Lefebvre, la clé est ainsi de « mobiliser le droit commun, en mutualisant les astreintes mises en place au sein des Ehpad », dans un « souci d’efficience des finances publiques », mais aussi pour éviter (encore) « le millefeuille ».

Autre impératif pour la fédération : « ajuster les critères du volet 2 ». Le cahier des charges définit en effet le public cible comme « les personnes âgées en situation de perte d’autonomie (groupe iso ressource Gir 1 à 4) pour lesquelles un accompagnement classique des services du domicile n’est plus suffisant ». « Mais la notion de Gir est dépassée, elle n’est pas suffisante pour comprendre la complexité de l’accompagnement », souligne Olivier Lefebvre.

Parmi les autres points de blocage figurent les problématiques d’interopérabilité des systèmes d’information ou encore de recrutement. « Notre principale difficulté est de pourvoir les postes d’assistants de soins en gérontologie, alors même que nous sommes prêts à recruter des aides-soignants et à les former », déplore Marion Dufrenoy Beunard. D’autant que les besoins sont là. Atteindre l’objectif d’une file active à 30 personnes ne pose aucun problème : « Nous avons plus de 20 personnes sur l’une de nos listes d’attente... », glisse la coordinatrice des CRT de l’Ahnac. 

À la hauteur des enjeux ?

Reste enfin à démontrer l’impact réel des CRT sur les parcours. Sont-ils réellement des alternatives à l’Ehpad ? Permettent-ils de reculer l’arrivée en institution ou, du moins, d’éviter des entrées précipitées ? « À l'échelle de mon CRT du nord de l'Essonne, le dispositif permet de retarder cette dernière de six à huit mois. Et l’arrivée en Ehpad se fait plus en douceur, avec, avant, le recours à de l'accueil de jour ou de l'hébergement temporaire », affirme Olivier Lefebvre. Un constat à objectiver nationalement. Car derrière ces débats se dessine une question plus fondamentale : celle du dimensionnement des CRT face aux enjeux du vieillissement démographique. « Trente personnes suivies par 500 CRT à terme, cela représente 15 000 personnes âgées dépendantes accompagnées à la fin de la décennie, à rapporter aux plus de 3 millions de personnes âgées qui devraient se trouver en situation de perte d’autonomie à l’horizon 2030 », soulignaient déjà les députés Thierry Frappé et Annie Vidal. La question n’est donc plus tant celle de la légitimité des CRT que de leur capacité à démontrer leur valeur ajoutée à grande échelle.

[1] Rapport d’information déposé en application de l’article 145 du règlement, par la commission des affaires sociales en conclusion des travaux du Printemps social de l’évaluation, n° 1649

Aurélie Vion

« Statuer sur l’efficacité et l’efficience »

Marie-Sophie Ferreira, directrice stratégie et du pôle performance de l’Anap

« Notre mission d’évaluation poursuit cinq objectifs : analyser leur déploiement, questionner les moyens et leur dimensionnement, interroger leur positionnement avec le territoire et leur articulation avec les différents acteurs, identifier les premiers effets sur les parcours et, enfin, proposer des pistes d’évolutions souhaitables du cahier des charges. Concernant la méthodologie, nous avons analysé les données de Sidoba, le système d’information de l’offre de la branche autonomie, interrogé un panel de 20 CRT et réalisé des entretiens de personnes qualifiées. Cette première phase s’est achevée en juin. Nous réalisons à présent des études de cas de cinq CRT. Les travaux devraient être remis d’ici à la fin d’année. L’enjeu est double : identifier les écueils pour les faire remonter au niveau du cahier des charges, et surtout statuer sur l’efficacité et l’efficience du dispositif. »

Repères

- 344 CRT autorisés par les agences régionales de santé au 1er janvier 2026. 

- L’objectif : totaliser 500 CRT d’ici 2028.

- En 2024, sur 150 CRT installés : 7 000 professionnels et 15 000 personnes âgées et aidants accompagnés dans le cadre du volet 1 et 5 046 personnes âgées ayant bénéficié d’au moins une prestation du volet 2.

Publié dans le magazine Direction[s] N° 254 - juillet 2026






Ajouter un commentaire
La possibilité de réagir à un article de Direction[s] est réservé aux abonnés  du magazine Direction[s]
Envoyer cette actualité par email :
Email de l'expéditeur (vous)*

Email du destinataire *

Sujet*

Commentaire :

* Champs obligatoires

Le Magazine

N° 254 - juillet 2026
Pratiques artistiques. La culture fait projet
Voir le sommaire

Formation Direction[s]
Offres d'emploi
Les 5 dernières annonces publiées
ATIMP 44

DIRECTEUR (H/F)

Collectivité Européenne d'Alsace

Une ou un Médecin du travail F/H (Poste n°A-6639)

AIDERA VAR

Directeur du Pôle Adultes (H/F)

Département de la Haute-Garonne

DIRECTEUR ENFANCE ET FAMILLE H-F


Voir toutes les offres