L’intérim est-il toujours un phénomène subi par les établissements et services [1] ?
Laura Beton-Athmani. Souvent oui, mais ils adoptent différentes stratégies d’ajustement. En effet, il existe de réels enjeux organisationnels assumés comme tels, même si le sujet reste relativement tabou vu les questions autour de la qualité de l’accompagnement. Pour les structures, l’intérim reste ainsi plus simple à gérer administrativement que le contrat à durée déterminée. Il est parfois aussi envisagé comme une période d’essai avant un contrat à durée indéterminée (CDI).
Dans ce contexte, dérogeant aux intérimaires « classiques » appelés ponctuellement, les gestionnaires leur préfèrent ceux dits « repérés » : pas toujours identifiés comme des intérimaires par les autres, ils interviennent de façon récurrente depuis plusieurs années, selon un planning souvent défini en amont avec l’établissement. Porteurs d’une grande connaissance des publics et du fonctionnement de la structure, ils sont précieux, jusqu’à faciliter la prise de poste des salariés permanents. Loin de l’image de l’intérimaire moins investis que les autres, ceux que j’ai rencontrés étaient même très engagés dans leurs activités de travail.
Quelles stratégies développent les organisations en la matière ?
L. B.-A. Certaines peuvent choisir de leur confier des missions sensiblement identiques à celles de leurs collègues permanents, d’autres de les cantonner à des activités moins attractives de nursing (toilettes, repas…). Entre ces deux options, aux employeurs de savoir où placer le curseur pour, d’un côté, éviter toute dégradation de la qualité et, de l’autre, pousser les intérimaires à accepter un CDI, moins coûteux pour eux.
La limitation par l’État du recours à l’intérim [2] peut-elle pénaliser les établissements ?
L. B.-A. C’est probable, même si un encadrement est nécessaire. Des mesures exceptionnelles devront toutefois être prévues pour ne pas les mettre en péril et assurer un nombre suffisant de personnels. Au-delà, on le constate : l’intérim permet aux professionnels concernés de regagner des marges de manœuvre en termes de salaire et de gestion de leur planning, soulignant in fine le manque de valorisation des métiers du social.
[1] Lire Direction[s] n° 245 , p. 22
[2] Décret n° 2025-1147 du 28 novembre 2025
Propos recueillis par Gladys Lepasteur
Publié dans le magazine Direction[s] N° 248 - janvier 2026