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Notre sélection de l'été

17/06/2026

Documentaire

La sororité en partage

« Les petites filles sont – presque – des petits garçons comme les autres… Jusqu’au jour où, par une réflexion, une moquerie ou une agression, on comprend qu’on a rejoint la destinée des femmes. » Terribles, les premiers mots de ce documentaire destiné à répondre à une question : qu’est-ce qu’être une petite fille, une jeune femme, puis une mère et une grand-mère dans les années 1950, 1980, ou 2000 ? À chaque époque ses injonctions, qui ont modelé  et souvent contraint  le corps des femmes. C’est ce que relatent, face caméra, plusieurs d’entre elles, âgées de 12 à 80 ans. Un dialogue entre des générations qui racontent aux autres le rapport qu’elles ont entretenu avec ce corps, qu’il aura trop souvent fallu rendre invisible dans l’espace public : les changements de l’enfance ; les envies qu’il faut taire, par peur de la mauvaise réputation ; les faiseuses d’ange pour certaines, la contraception et parfois la maternité (« À l’époque, dans les services de gynécologie de l’hôpital, c’est la culpabilisation des femmes, dont le corps était traité comme un objet »). L’enfermement aussi : « Pourquoi, de quelqu’un de libre, je suis soudain passée à quelqu’un en cage, prisonnière de son image ? »  Et, parfois, la peur de l’agression transmise, malgré elles, par celles qui les ont précédées : « C’est comme si j’avais dans la tête l’idée qu’il ne faut pas provoquer. » Toutes brossent le tableau d’une histoire commune, qui avance tout de même. Sûrement, mais lentement.

Un corps de femme, de Delphine Dhilly, 54 minutes. Sur www.france.tv jusqu’en novembre 2026.

 

Roman

La « Grande Alternance »

Petit saut en 2030 où les dernières présidentielles (et Vincent Bolloré) ont précipité Philippe De Villiers au sommet de l’État. La « Grande Alternance » a eu lieu, avec ses réformes menées tambour battant à la faveur de référendums. Les Français sont désormais divisés en trois catégories : les « vrais », prioritaires sur tout y compris l’accès à l’hôpital ; les enfants de l’immigration que l’on tolère dans des bidonvilles loin des regards ; et les autres, priés de rejoindre un centre de rétention. Place aussi à la délation, la récession… Et, étrangement, au rire ! Quand l’exécutif est mis en échec dans son combat contre la viande halal par le lobby casher, quand il manque d’achopper sur sa loi sur les prénoms en oubliant de légaliser les Jordan, quand la résistance s’organise autour de Jean-Jacques Goldman… Ce livre, entre la pièce de théâtre et le pamphlet, a aussi des airs de polar. L’intrigue se noue autour d’un trafic de main d’œuvre à l’échelle mondiale. C’est qu’il faut bien trouver des professionnels pour faire tourner les restaurants ou les Ehpad… Au-delà du burlesque, c’est le parallèle entre des jalons posés aujourd’hui et ce qui se trame dans ces pages qui nous saisit. L’odeur nauséabonde des décisions politiques et leurs conséquences soulèvent l’estomac. Bien sûr que cette réalité est fictionnelle, mais a-t-on envie de courir le risque qu’elle se concrétise ?

Sans eux  La France sans les immigrés, Guillaume Hannezo, Hakim El Karoui et Thierry Pech, Éditions Les Petits matins, 2026, 20 euros

 

Beau livre

Témoins du passé

Qu’est-ce qu’une momie ? Une silhouette couverte de bandelettes, dans l’ombre d’une pyramide ? Bien davantage, nous apprend ce beau livre, paru à l’occasion de l’exposition que le musée de l’Homme, à Paris, a consacrée au sujet de novembre 2025 à mai 2026. Au-delà de l’image que quelques siècles d’égyptomanie ont ancrée dans notre imaginaire collectif, la momification a été pratiquée sur tous les continents depuis des millénaires. Du peuple Chinchorro en Amérique du Sud il y a environ 9 000 ans, jusqu’en Sicile du XVIe au XXe siècle ou de nos jours encore chez les Torajas en Indonésie, de nombreuses sociétés ont développé rites et techniques pour préserver certains corps de la décomposition. Aujourd’hui, réinterrogées à l’aide de techniques de pointe, ces dépouilles livrent aux scientifiques des informations biologiques et culturelles précieuses. Et soulèvent des questions déontologiques : comment les conserver, les étudier, les présenter au public dans le respect de leur humanité ? Ces enjeux, exposés dans l’ouvrage, ont sous-tendu la conception de l’exposition. En créant, par-delà les siècles, un pont entre le monde des vivants et celui des défunts, les momies nous aident-elles à « apprivoiser la mort » ?  C’est la réflexion à laquelle nous convie la postface, signée par le philosophe Edgar Morin disparu en mai dernier.  

Momies, mémoires révélées, Éloïse Quétel et Pascal Sellier (dir.), Muséum national d’Histoire naturelle, nov. 2025, 39 €

 

Cinéma

Derniers jours d’un condamné

Comme encore de nombreux enseignants, Samuel Paty  lui-même fils de professeur  était passionné et investi, tant dans l’enseignement de sa matière que dans son rôle d’éducateur bienveillant. Le film L’Abandon lui porte un hommage triste au travers de la reconstitution, à la façon d’un 24 heures chrono version lente, de ses derniers jours de vie. Le professeur d’histoire-géographie, dans le cadre de la matière « enseignement moral et civique », s’est retrouvé aux prises avec une escalade incontrôlable de malentendus et de dysfonctionnements. L’emballement des réseaux sociaux et sa déferlante de discours haineux, dirigés pour décrédibiliser l’apprentissage de la liberté d’expression et de la notion de laïcité, allaient lui donner le coup de grâce. Dans le rôle de l’enseignant assassiné le 16 octobre 2020 à la sortie de son collège, à Conflans-Sainte-Honorine, l’acteur Antoine Reinartz (assurément une valeur montante du cinéma français) incarne admirablement le sursis du condamné impuissant dont la vie dérape de manière incompréhensible. Et finit inéluctablement par le drame que l’on connaît. Le film, en partie inspiré du livre du journaliste Stéphane Simon, Les derniers jours de Samuel Paty, a été présenté hors compétition au Festival de Cannes cette année. Grave et profond, il dénonce « l’abandon » par son administration d’un fonctionnaire, que les multiples et complexes procédures (a priori toutes respectées) n’auront pas su protéger. À la fin, tout le monde savait.

L’Abandon, réalisé par Vincent Garenq, Les Films du Kiosque, mai 2026

 

Série

Femmes au bord du désir

Vous avez adoré le cinéma déjanté d’Almodovar il y a 20 ou 30 ans ? Alors vous allez aimer les deux saisons (sorties en 2019 et 2021) de cette série espagnole que diffuse, jusqu’à la fin de l’année, Arte. Perfect life raconte la quête d’équilibre personnel et amoureux de trois trentenaires, dont l’une est homosexuelle. Esther, Maria et Cris ont des tempéraments, des personnalités et des situations matrimoniales fort différentes, mais elles ont en commun de ne pas se contenter de relations sentimentales bancales, et de chercher ce qui peut leur procurer de la joie et du plaisir. Dans cette quinzaine d’épisodes, pas de tabou sur le sexe… Mais, et c’est heureux, tout n’est pas conventionnel dans leurs histoires de cul. Au détour d’une situation assez improbable, la plus névrosée des héroïnes a, avec un jardinier handicapé intellectuel léger (interprété par un Enric Auquer très convaincant), un rapport sexuel qui débouche sur une grossesse. Que faire ? Garder ou non ce bébé ? Et quand Cris décide d’aller jusqu’au bout, comment le père, accompagné par un éducateur, peut-il jouer son rôle ? Toutes ces interrogations sont abordées assez franchement, avec une pincée d’humour… Fidélité, mariage homosexuel, amour libre, engagement avec l’autre, etc. Autant de questions posées de façon très directe dans cette série catalane. Malgré les échecs qui émaillent la vie de chacun, avec son lot de situations dépressives (notamment lors du post-partum), Perfect life montre qu’à défaut d’être parfaite, la vie peut être belle.

Perfect Life, créée par Leticia Dolera. Sur Arte jusqu'en décembre 2026. 

Publié dans le magazine Direction[s] N° 254 - juillet 2026






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