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Attractivité
Le secteur sonne le tocsin

13/10/2021

Aggravées par les inégalités de traitement du Ségur de la santé, les difficultés de recrutement mettent désormais en danger personnels et usagers, alertent les gestionnaires. Pour qui l'État doit prendre ses responsabilités le premier, en finançant les revalorisations salariales.

Manifestation de responsables d’associations à Montpellier

Voilà des mois – en réalité des années – que le champ signale ses difficultés de recrutement. Le 6 octobre dernier, à l'initiative du réseau interfédéral Uniopss/Uriopss, des manifestations alertaient sur l'urgence de la situation. « Le manque de personnel entraîne une prise de risque majeure pour les gestionnaires, s'alarme Sophie Péron, coprésidente du Groupement national des directeurs généraux d'associations (GNDA). Nous ne sommes plus en mesure d'assurer la sécurité des usagers et des professionnels, et certains directeurs généraux en appellent à la fermeture partielle voire totale de dispositifs. » Des propos excessifs ? Pas du tout, à en croire la délégation interassociative de Gironde : « Nous comptons désormais nos premiers morts », annonçait avec gravité un communiqué déplorant le décès de trois résidents d'une maison d'accueil spécialisée (MAS), confrontée cet été à « une insuffisance dans la permanence des soins, jamais vue pour des publics ultra vulnérables ».

Une conférence sociale toujours attendue

Si le problème n'est pas nouveau, la pandémie a assurément « accéléré la situation catastrophique du secteur », estime Éric Yapoudjian, directeur général de la Fondation de l'Armée du Salut. Et si l'accord de méthode signé à l'issue de la mission Laforcade [1] promettait quelques avancées, le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2022 a fait l'effet d'une douche froide : avec une enveloppe de 480 millions d’euros au titre des revalorisations, il n'intègre que la hausse de 183 euros mensuels des salaires de 64 000 soignants. Rien pour les personnels éducatifs du médico-social, pourtant intégrés au point 2 de l'accord et alors que les employeurs avaient « répondu à la commande des pouvoirs publics, en fournissant dès le mois de juillet un chiffrage à hauteur de 455 millions d’euros », rapporte Dorothée Bedok, directrice générale adjointe de l'organisation patronale Nexem. Quant à la conférence des financeurs, censée se tenir avant fin 2021 pour aborder le sort des salariés du social, elle ne figurait à la mi-octobre dans aucun agenda… Malgré un contexte « dont tous s'accordent à reconnaître l'aggravation », selon l'Association nationale des maisons d'enfants à caractère social (Anmecs), évoquant « des jeunes et des familles extrêmement fragilisés ».

Reste que « la revalorisation des salaires n'épuise pas le sujet de l'attractivité », souligne Marie-Sophie Desaulle, présidente de la fédération d'employeurs Fehap. Au chapitre formation, différentes pistes sont travaillées : élargissement de la liste des diplômes accessibles en apprentissage, obligation pour un salarié ayant suivi une formation longue et qualifiante de rester dans la structure qui l'a financée, dispositif des transitions collectives… Les métiers de l'autonomie et du grand âge devraient en outre bénéficier du nouveau plan d'investissement dans les compétences (PIC), présenté le 27 septembre, et doté de 4 milliards d’euros. Des progrès sont aussi à faire sur le plan du recrutement, par exemple via des partenariats avec le service public de l'emploi.

Vers une CCUE

En démontrant jusqu'à l'absurde la fragilité d'un secteur émietté entre différents statuts et autorités de tarification, le Ségur aura accéléré le projet d’une convention collective unique étendue (CCUE) à l'échelle de la branche associative sanitaire, sociale et médico-sociale à but non lucratif (Bass). Qui plus est posé par le gouvernement comme condition sine qua non pour le financement des revalorisations. Échaudées par les inégalités de traitement, les organisations syndicales en accepteront-elles le principe ? Les travaux devraient commencer au printemps 2022, et auront légalement cinq ans pour aboutir. « Nous nous orientons vers un socle commun, avec des déclinaisons par secteur d'activité », précise Marie-Sophie Desaulle. « D’ici là, insiste Stéphane Racz, directeur général de Nexem, si le gouvernement se décide à nous donner les moyens pour revaloriser, nous saurons distribuer l'argent aux salariés concernés. »

[1] Lire Direction[s] n° 198, p. 20

Clémence Dellangnol

Publié dans le magazine Direction[s] N° 202 - novembre 2021






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