
Frédéric Larnaud, directeur de maison d’accueil spécialisée, salue un cursus tout-en-un.
Après des années difficiles du fait de la pénurie de personnel, la maison d’accueil spécialisée (MAS) l’Orée de Sésame (Sésame Autisme Rhône-Alpes), a voulu tourner la page. Début 2024, la direction a donc lancé un plan d’embauche basé sur une promesse attractive : l’accès des recrutés au certificat national d’intervention en autisme (CNIA). À ce jour, la MAS compte 13 diplômés qui ont suivi cette formation spécialisée sur les troubles du spectre autistique (TSA). « Il s’agissait d’accompagner les personnels novices, qui constituent une grande part des recrutements dans notre secteur, ainsi que de remettre à plat les pratiques de ceux en poste : l’accompagnement des adultes avec TSA complexes requiert une grande technicité peu appréhendée dans leurs formations initiales », affirme le directeur Frédéric Larnaud.
Une formation facultative…
La création du CNIA [1] s’inscrit dans la Stratégie nationale pour l’autisme 2018-2022. Accessible depuis 2021, le cursus est conforme aux recommandations de bonnes pratiques professionnelles de la Haute Autorité de santé, et inscrit au répertoire de France Compétences. Destiné à un panel varié de personnels (éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs, assistants familiaux, psychologues, accompagnants des élèves en situation de handicap, assistants sociaux, infirmiers, ergothérapeutes...), le CNIA compte un premier degré (pour les titulaires d'un niveau 3 ou 4 notamment) et un second qui approfondit (réservé aux titulaires d'un niveau 5 à 8).
Pour les deux degrés, la formation est conséquente : 140 à 175 heures de théorie, 140 heures de stage. « Le CNIA est la formation la plus complète sur les TSA : il balaie tous les aspects », salue Philippe Debroye, directeur des établissements de l’Ugecam Centre, dont 43 salariés ont été diplômés depuis 2023, y compris des chefs de service et directeurs adjoints. « On vient y chercher des approches éducatives ou pédagogiques très cadrées. Pour éviter par exemple l’impuissance à communiquer », illustre Hélène Liotard, chargée d’ingénierie pédagogique à l’Institut régional Jean Bergeret, l’un des six centres de formation aujourd’hui habilités. « Douleurs, sensoriel, interactions sociales… C’est comme si l’on concentrait toutes nos formations courtes sur les TSA en une seule », abonde Frédéric Larnaud, qui constate en interne l’amélioration des pratiques « autour de la libre circulation des personnes, et de la gestion des crises ».
… mais recommandée
À formation conséquente, budget important. Entre le coût d’inscription, celui du remplacement du salarié et le défraiement du stage, il faut compter « 5 000 à 6 000 euros par stagiaire », évalue Philippe Debroye. Les directions peuvent s’appuyer sur les agences régionales de santé pour couvrir près de 70 % de la prise en charge, via des crédits non reconductibles. Ou sur les financements de leurs opérateurs de compétences (Opco).
Les participants ont souvent pour objectif « d’arriver sur un poste de référent autisme dans leur structure, de répondre à un appel à projets ou encore de développer un pôle autisme dans leur structure », décrit Constance Evrard, superviseuse et formatrice chez Declicc Formation. Alors que le CNIA a vu passer 1 100 stagiaires en cinq ans, cette ligne sur le CV est aussi rare que remarquée. « Si je reçois un candidat certifié mais sans diplôme d’éducateur, cela m’intéresse plus que l’inverse, témoigne Ludivine Dufour, directrice d’un centre d’accueil temporaire pour jeunes en Seine-Saint-Denis et de l’organisme de formation Le Silence des Justes. Car je sais à quel point le CNIA donne un bagage théorique et pratique pour l’accompagnement des TSA. »
[1] Décret n° 2020-1064 du 17 août 2020 et arrêté du 17 août 2020
Maïa Courtois
Point de vue
Ève Dujarric, directrice du Groupement national des centres de ressources autisme (GNCRA)
« Les 140 heures de stage du certificat national d’intervention en autisme, pour lequel le GNCRA habilite et contrôle les organismes de formation, fondent son originalité. C’est aussi sa plus grande difficulté. À son lancement, une vingtaine de centres étaient habilités, contre six aujourd’hui [1]. En effet, nous avons exigé de meilleures garanties quant au respect des bonnes pratiques professionnelles sur les lieux de stage. La demande est là, les centres de formation ont des listes d’attente, mais on doit veiller à la qualité... Les agences régionales de santé pourraient nous aider, par exemple en identifiant les lieux de stage adaptés ou en fixant des objectifs qualitatifs pour les formations dans les contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens. Nous encourageons aussi les partenariats entre établissements pour faciliter le placement des stagiaires. »
[1] Liste sur https://maisondelautisme.gouv.fr/accueil-se-former-tnd/cnia/
Publié dans le magazine Direction[s] N° 257 - novembre 2026