Pourquoi cette fébrilité, les deux CCN ayant de nombreuses similitudes ?
Cécile Noël. Elles se ressemblent, c’est vrai (nombreux métiers en commun, systèmes de coefficient, valeur du point…). Mais l’application de la 66, plus favorable en matière de salaires des cadres notamment, entraînera un surcoût notable. Il y aura toutefois des déçus, car les déroulés de carrière divergent : selon leur ancienneté, les éducateurs spécialisés des CHRS sont globalement mieux lotis aujourd’hui, contrairement aux psychologues qui verront croître leur rémunération. Par ailleurs, les CHRS, confrontés à un déficit d’attractivité, compteront demain avec 18 jours de congés trimestriels sur certains postes, ce qui posera des questions de continuité de service.
Quid du repositionnement des salariés dans la 66 ?
C. N. Faute de précision dans le Code du travail, une incertitude juridique subsiste. Selon moi, après audit, il est nécessaire d’appliquer strictement les règles de classification et de reprise d’ancienneté de la 66. Sera ainsi déterminé le coefficient de chacun, tenant compte de son évolution de carrière : soit la rémunération globale (primes comprises) se trouve plus favorable que sous l’ancienne CCN, soit je préconise d’appliquer une indemnité différentielle, méthode bien connue en cas de fusion d’associations. À l’inverse, pour Nexem, chaque salarié doit être repositionné au coefficient déjà détenu dans les accords CHRS s’il existe – sinon, à celui immédiatement supérieur, ce qui correspondra à la majorité des cas.
Cette méthode n’est-elle pas plus simple pour des adhérents en manque de temps ?
C. N. C’est vrai, sans compter qu’elle peut sembler sécurisante car préconisée par l’organisation signataire des deux CCN… Mais elle engendrera aussi une explosion globale des rémunérations, alors que reste une question : comment ces hausses seront-elles financées ? Épisode du Ségur en tête, les gestionnaires disent n’avoir pour l’heure aucune assurance qu’elles le seront… Au-delà, nous n’avons jamais eu autant de demandes sur la pertinence de l’adhésion à l’organisation patronale, imposant le passage vers la 66. Ceux appliquant les accords CHRS de façon volontaire pourront continuer à le faire s’ils le souhaitent.
Propos recueillis par Gladys Lepasteur
Publié dans le magazine Direction[s] N° 252 - mai 2026