
Une des clés du métier, selon Treacy Berry, en poste en institut médicoéducatif
« J’ai toujours aimé le contact humain. C’est pour ça que je suis resté chef d’équipe pendant 25 ans dans l’industrie », raconte Christophe Muller, 53 ans. En 2025, il a obtenu le diplôme de moniteur-éducateur après un contrat de professionnalisation de deux ans. Il voulait quitter le secteur automobile car la recherche de performances et de bénéfices lui semblait prendre le dessus. Mais il confie avoir divisé son salaire par deux : « Je pouvais le faire à cette période de ma vie. Je suis d’un naturel curieux, alors ici je ne m’ennuie jamais ! » « Ici », c’est à la maison d’accueil spécialisé Saint-André (Cernay, Haut-Rhin), de l’association Adèle de Glaubitz.
Soutenir l’autonomie des résidents
En effet, le rôle d’un moniteur-éducateur est multiple. « Apporter de la vie, développer et maintenir l’autonomie », voilà des missions essentielles, selon Christophe Muller, soutenu par sa cheffe de service à la MAS Saint-André, Océane Haller. Celle-ci attend des moniteurs-éducateurs qu’ils « infusent auprès des équipes l’idée que les résidents peuvent progresser ». À condition, disent les acteurs interrogés, de déployer de la patience, un fort sens de l’observation et une bonne capacité d’adaptation… « Il convient de rester ouvert, de toujours se dire qu’il y a des possibilités d’évolution même si c’est lent », invite Treacy Berry, en poste à l’institut médico-éducatif des Grands-Champs (Roissy-en-Brie, Seine-et-Marne). Après un an de vacations sans diplôme, Carole Ahoua, 24 ans, actuellement en alternance au centre de formation CFA Égalité de la Fondation des amis de l’atelier et au sein du foyer de vie l’Alliance (Verrières-le-Buisson, Essonne), apprécie d’organiser des activités avec les résidents, cuisine et esthétisme en particulier.
« Ces professionnels s’intègrent dans le quotidien. Ils jouent aussi un rôle de référence fort en apportant leur regard sur les situations, présente Cécile Trichet, directrice du pôle Habitat et services médicalisés 75 à la Fondation des amis de l’atelier, qui en compte quatre. Par ailleurs, le métier évolue et prend de la hauteur, on attend davantage d’eux : outre l’accompagnement des publics, ils doivent produire davantage d’écrits, organiser des activités, piloter des projets personnalisés... Et puisque les établissements s’ouvrent, ils participent à des projets plus inclusifs et aux partenariats. »
Malgré tout, le métier peine à séduire et apparaît en tension, en particulier dans les structures où les soins occupent la plus grande place, comme le confirme Océane Haller. « Aussi favorisons-nous la validation des acquis de l’expérience (VAE), pour des professionnels déjà en poste sans le diplôme », explique-t-elle.
Un métier passerelle
Si les professionnels interrogés s’estiment bien pris en considération par les équipes pluridisciplinaires auxquels ils appartiennent, reste que les frontières avec le métier d’éducateur spécialisé, en particulier, sont parfois poreuses. « Ce n’est pas le poste le plus simple à occuper, reconnaît Cécile Trichet. Ils ne sont pas éducateurs spécialisés mais on les y compare. Ils se trouvent dans un entre-deux qui peut leur sembler inconfortable. » Au point que la majorité envisage ce métier comme une passerelle vers celui d’éducateur spécialisé, en particulier au travers de la VAE. « Je comprends que cela puisse apparaître comme un métier tremplin, commente Cécile Trichet. D’autant qu’ils ne font pas grand-chose de moins que les éducateurs spécialisés, tout en étant moins rémunérés... »
Sophie Massieu
Un diplôme adapté aux nouveaux enjeux
Depuis le 1er septembre 2024, le diplôme d’État de moniteur-éducateur peut être obtenu soit en certification globale, soit par blocs de compétences. Ce diplôme, de niveau 4 (équivalent du bac), en compte trois. Deux sont communs avec le métier de technicien de l'intervention sociale et familiale (TISF) ; un lui est spécifique, orienté vers le « projet éducatif spécialisé dans une visée inclusive ». « Cela répond aux besoins du terrain avec des résidents qui ne restent plus hébergés qu’en établissement, apprécie Océane Haller, cheffe de service à la maison d’accueil spécialisé Saint-André de l’association Adèle de Glaubitz. En outre, offrir la possibilité d’obtenir le diplôme par blocs de compétences le rend plus accessible, en particulier aux personnes déjà en poste, qui ont peur de reprendre des études. »
Publié dans le magazine Direction[s] N° 252 - mai 2026