
Stéphanie Hemairia-Clerc, chercheuse au laboratoire LaborIA.
Quels sont les usages de l’intelligence artificielle (IA) acceptables dans le secteur ?
Stéphanie Hemairia-Clerc. Le travail mené par la convention professionnelle a permis de poser un cadre et de définir une ligne d’acceptabilité de l’IA[1]. Par exemple, la synthèse de documents, la reformulation de mails ou des tâches organisationnelles (plannings…) ont été considérées comme acceptables par les managers, à condition d’être assistés et non remplacés. En revanche, l’utilisation de l’IA pour arbitrer un dilemme éthique ou prendre une décision a été jugée inacceptable. Dès lors qu’un système touche à une personne (comme une synthèse d’entretien contenant des données personnelles) ou à l’analyse, il doit être envisagé avec beaucoup de précautions.
C’est donc le cœur de métier des professionnels qui doit rester entre des mains humaines ?
S. H.-C. En effet. Mais nos travaux ont montré que ce cœur de métier n’est pas toujours là où on l’attend. Certaines activités périphériques viennent parfois à son soutien. Ce que l’on considère comme une tâche rébarbative, par exemple un compte rendu, peut ainsi être un temps où s’élaborent la pensée et la prise de décision.
Quelles recommandations aux équipes ?
S. H.-C. Il est essentiel de partir du besoin des personnes concernées avant de déployer tout système d’IA. Lorsque la direction l’impose, et pense le besoin à la place des équipes, cela ne fonctionne pas. Tandis qu’une IA qui vient des professionnels est souvent une vraie ressource. Une solution doit donc toujours être le fruit d’une délibération collective, associant les professionnels, les managers, la direction et même les concepteurs de l’outil, car celui-ci n’est jamais neutre.
Enfin, nos travaux nuancent le gain de temps que permettrait l’IA, souvent mis en avant par les acteurs. Il n’est en effet pas toujours perceptible ; lorsqu’il l’est, des tâches de vérification viennent l’amoindrir et le temps qu’il reste ne peut jamais être véritablement alloué à l’accompagnement. Le relationnel ne peut pas s’ajouter dans les interstices. Ce gain est donc le plus souvent consacré à absorber la charge administrative.
[1] Intelligence artificielle et travail social, rapport, sept. 2026
Propos recueillis par Élise Brissaud
Publié dans le magazine Direction[s] N° 257 - novembre 2026