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La convivialité se cherche un métier

31/05/2026

Depuis plusieurs années, des agents de convivialité interviennent auprès de personnes fragiles ou isolées, avec pour principale mission de maintenir le lien social. Un rôle qui peine encore à se professionnaliser.

Les visites de Laure Dougnac, animatrice chez Agardom, donnent aux bénéficiaires l’occasion de se confier sur leurs difficultés.

Missionnés par les centres communaux d'action sociale (CCAS), les services d’aide à domicile ou encore les résidences autonomie, les agents de convivialité exercent auprès de personnes âgées ou handicapées. Si l’intitulé du métier peut varier, notamment selon le diplôme de l’employé, les fiches de poste sont souvent assez similaires. Objectif commun ? Créer du lien social.

Animation, écoute et transmission

Chloé Da Graca, titulaire d’un DUT Carrières sociales (parcours animation sociale et socioculturelle), a été embauchée sous le statut d’agente d’animation à la suite d'une offre d’emploi d’agent de convivialité de la Ville de Libourne. « Je me rends dans les résidences autonomie pour échanger avec les personnes, qu’elles puissent se confier sur leurs soucis, ou bien me dire quelles activités les intéresseraient », décrit-elle. Cette professionnelle assure aussi le suivi des animations, pour adapter les projets personnalisés des résidents.

L’association d’aide à domicile Agardom, dans la Creuse, a choisi de recruter une animatrice pour assurer les missions de son service convivialité. « Nous voulions qu’elle puisse organiser des interventions en groupe, en plus des visites à domicile », précise la directrice Frédérique Rivalier. Laure Dougnac, qui occupe le poste, a en charge un secteur d’intervention très étendu dans ce milieu rural : « Je planifie l’ordre de mes visites selon leur localisation. Chacune dure environ une heure, je propose des activités créatives : poterie, mosaïque, tricot… » Les interventions groupées sont souvent consacrées aux jeux de société. « Il y a un peu de logistique à gérer : joindre les mairies, appeler les bénéficiaires, créer des affiches… », ajoute-t-elle.

L’agent de convivialité travaille en coordination avec les autres professionnels de son service. « Des aides à domicile peuvent m’alerter sur une personne qui aurait besoin rapidement d’une visite ; inversement, je les aiguille lorsque les bénéficiaires me confient leurs difficultés », explique Laure Dougnac, par ailleurs titulaire d’une licence en psychologie. Ce temps d’écoute qualitative permet de repérer des fragilités et d’assurer un rôle d’alerte. Elle s’adapte à son public : « Parfois je dois amener plus d’énergie, ou au contraire être calme. Il faut être très à l’écoute, observatrice et patiente, pour mettre en confiance. »

Un avenir fragile

La situation de ces professionnels est variable selon les politiques locales. Certains départements soutiennent des dispositifs comme Ôyes, dans les Hauts-de-Seine (92), auquel participe l’agence d’aide à domicile Bienveia, en embauchant comme agents de convivialité des étudiants en CDD de six mois. Agardom proposait gratuitement son service convivialité dès 1998, mais faute de financements, il a dû faire une pause pendant plusieurs années, avant d’être repris il y a deux ans. Sa pérennité reste menacée.

L’association Aid’Aisne quant à elle avait réussi à financer ses agents de convivialité grâce à un dispositif de chantier d’insertion. L’expérience, menée de 2012 à 2015, n’a pas été concluante sur le long terme : « Manque de financement, complications administratives, profils inadaptés », résume le directeur général, Dominique Villa. Il se montre peu optimiste sur l’avenir du métier : « Si un financement dédié était créé, ce serait plutôt aux aides à domicile d’assurer ces missions. »

L’autre pan qui blesse, c’est l’absence d’une formation spécifique. Pour Cyril Pierre de Geyer, fondateur de l’École du soin, la professionnalisation de cette fonction « doit s’appuyer sur des certifications reconnues comme le titre professionnel Assistant de vie aux familles, mais il faut aussi imaginer des spécialisations post-formation. Tant que ce métier restera mal identifié dans les classifications, il continuera d’être sous-valorisé ».

Delphine Dauvergne

Point de vue

Sylvaine Lafont, agent de convivialité, CCAS de Saint-Didier-au-Mont-d’Or

« Après la fermeture du service d’aide à domicile où j’étais auxiliaire de vie, j’ai rejoint le service convivialité créé début 2025 pour garder un lien avec les personnes âgées. Je les véhicule au marché ou à leurs rendez-vous médicaux. Je peux me rendre à domicile une fois par mois pour discuter, jouer, se promener. Je leur propose du soutien administratif ou encore de l’accompagnement via des animations et ateliers collectifs. Je participe aussi avec l’équipe à l’animation d’un café partagé mensuel. L’une des difficultés est de poser un cadre d’intervention et des limites, car certains bénéficiaires peuvent être très demandeurs. Le fait de maintenir un lien régulier avec ces personnes isolées me permet aussi d’alerter sur des situations, en travaillant avec l’assistante sociale et les partenaires médicaux. »

Publié dans le magazine Direction[s] N° 253 - juin 2026






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