
Le décret confère plus d’autonomie à la profession.
Droit de prescription, consultation infirmière, délégation de tâches aux aides-soignants… La loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 a mis en marche la réforme de la profession infirmière, marquée par le décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025. Celui-ci en précise l’architecture générale. « Pour que la réforme entre pleinement en vigueur – échéance fixée à juin 2026 –, deux arrêtés d’application sont encore attendus », rappelle toutefois le syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil). Le premier doit fixer les actes et soins autorisés à la pratique infirmière et ceux qui peuvent être délégués aux aides-soignants et auxiliaires de puériculture. Le second doit lister les produits de santé et les examens complémentaires qu’ils seront autorisés à prescrire. « Vaccins, substituts nicotiniques, préservatifs, renouvellement de contraceptifs oraux, solutions de produits antiseptiques, certains pansements ou matériels… », anticipe le Sniil. L’objectif est triple : sécuriser juridiquement les pratiques, rendre le cadre plus lisible et clarifier les responsabilités. L’entrée en vigueur du décret sera effective au plus tard au 30 juin.
Des missions élargies
Les actes et soins infirmiers sont réorganisés autour de quatre blocs, explique le syndicat : un rôle propre délégable, un rôle propre non délégable, la consultation infirmière et le rôle sur prescription. Et de citer, par exemple, l’intégration explicite et élargie de la prise en charge des plaies aiguës et chroniques au rôle propre. « La réforme va nous permettre d’être plus réactifs sur la prise en charge des plaies en automatisant les pratiques existantes : tel signe clinique met en évidence tel risque, devant impliquer telle mesure de prévention et/ou d’ajustement thérapeutique », illustre Christine Buys, responsable opérationnelle des soins à la fondation Partage et vie (136 établissements et services pour personnes en perte d’autonomie).
Un arrêté définira aussi le cadre et le contenu des consultations infirmières, menées en toute autonomie, notamment en établissement médico-social et au domicile du patient. Elles permettront « d'initier, d’entreprendre, de mettre en œuvre et d’évaluer les soins infirmiers à visée de dépistage, préventive, éducative, diagnostique, thérapeutique, relationnelle et palliative », prévoit déjà le décret.
Pivot des prises en charge pluridisciplinaires
Les actes délégables, eux, doivent être précisément répartis entre les aides-soignants et les auxiliaires de puériculture. Cette délégation sera à l’initiative et sous la responsabilité de l’infirmier, au profit de professionnels avec lesquels il collabore, qu’il encadre et sur la base de son évaluation de la situation clinique de la personne.
L’infirmier pourra également confier (même en son absence) à l’aide-soignant ou à l’auxiliaire de puériculture, la réalisation de soins courants de la vie quotidienne liés à un état de santé stabilisé, que la personne pourrait réaliser elle-même si elle est autonome, ou faire réaliser par un aidant. En précisant cela, « le décret renforce la complémentarité entre professionnels », estime Christine Buys. L’infirmière anticipe une organisation plus fluide en établissement et table sur un mieux-être pour les résidents, à l’instar de l’instillation des collyres, acte récemment autorisé aux aides-soignants. « Dans 90 à 95 % des cas, ce sont eux qui réalisent les accompagnements des soins d’hygiène, explique-t-elle. Instiller le collyre dans cette temporalité, dans le respect des bonnes pratiques, permet d’éviter un passage supplémentaire de l’infirmière trente minutes plus tard et de déranger une nouvelle fois le résident lors de ses activités. »
« Si les infirmières sont déjà un maillon fort des prises en charge pluridisciplinaires, cette réforme leur permettra d’être légalement plus autonomes, avec l’importance de se former sur leur rôle propre, les réformes sur la compétence infirmière et sur leur formation [1] allant de pair, souligne encore Christine Buys. Le décret pose un cadre à la conduite de leur raisonnement clinique, et elles sont désormais reconnues pour l’exercice de missions qui n’étaient pas explicitement affirmées jusque-là. » La loi du 27 juin 2025 prévoit l’ouverture de négociations pour revoir leur rémunération en conséquence. Plus d’attractivité, moins de pénurie dans le futur ? L’avenir le dira.
[1] Le décret n° 2026-130 et un arrêté du 20 février 2026 renforcent l’universitarisation du diplôme et révisent le référentiel de formation
Annabelle Alix
Publié dans le magazine Direction[s] N° 254 - juillet 2026