
Aider à passer du souhait au projet
La mission du faciliteur de projets et parcours de vie ? Soutenir les personnes en situation de handicap ou de fragilité sociale dans la formulation, l’élaboration et la formalisation de leur projet de vie. Ce, dans tous les domaines (emploi, logement, santé, scolarité, liens sociaux, accès aux loisirs…). Officialisé en mai 2025, ce nouveau profil est né d’une expérimentation pilotée par l’organisation patronale Nexem à partir de 2016, en tant que dispositif de soutien à l’autodétermination. « Il s’inscrit dans une transformation de l’offre médico-sociale, où il ne s’agit plus de décider ou de faire à la place des personnes, mais de construire avec elles leur projet de vie », rappelle Valentin Dubourguier, son responsable emploi et formation. Un essor largement porté par le déploiement des Communautés 360. C’est le cas pour la Cellule de faciliteurs de parcours de vie (CFPV) du Rhône et de la Métropole de Lyon, créée en septembre 2024, qui en compte trois. C’est aussi ainsi que sept faciliteurs exercent en Alsace, depuis octobre 2023, via un portage de quatorze établissements et services.
Identifier la demande réelle derrière l’objectif déclaré
Ces professionnels suivent des publics sans obligation d’orientation préalable de la maison départementale des personnes handicapées. « Le rythme et les modalités des rencontres dépendent des choix et capacités des personnes : à distance, dans nos locaux, dans des espaces publics ou à domicile », raconte Fanny Bartissol, qui exerce aux Papillons Blancs d’Alsace.
Définir ce travail, c’est d’abord énumérer tout ce qu’il ne fait pas : « Pas de diagnostic sur les capacités de la personne à mener à bien son projet, pas de proposition de solutions préétablies, ni de transmission de dossier aux acteurs identifiés », liste Céline Spitzer, coordonnatrice du dispositif à la Communauté 360 d’Alsace.
De fait, leur mission comporte deux volets. Primo, identifier la demande réelle derrière l’objectif déclaré. « Le souhait de trouver un logement peut être sous-tendu par la recherche d’un lien social. C’est un vrai travail de maïeutique », illustre Lou Guion-Firmin, de la CFPV du Rhône. Secundo, ouvrir le champ des possibles. « Sans intervenir dans la prise de contact ou les échanges avec les acteurs, sauf sur demande expresse, et en restant en retrait », ajoute sa collègue Mélika Abdelbaki. En moyenne, chaque faciliteur accompagne une trentaine de personnes. « Des réunions d’équipe permettent d’aborder des points d’organisation, tout en soutenant leur posture », précise Castor Cid, manager de la Communauté 360 et de la CFPV du Rhône.
La culture du doute chevillée au corps
Pour accéder au métier, aucun diplôme exigé. Toutefois une certification portée par Nexem et le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) existe (lire ci-dessous). Parmi les prérequis pour exercer ? « Outre des compétences de chef de projet, il faut avoir la culture du doute pour être sûr qu’on n’influence pas la personne, ainsi que la capacité de prendre du recul pour ne pas tomber dans un mécanisme action-réaction, ni dans une posture de sachant », estime Christophe Lécuyer, directeur général adjoint et formateur à l’Atelier Transformation.
Une fois passée la certification, les statuts sont souvent alignés sur la grille des éducateurs spécialisés. Objectif pour 2026 : 400 faciliteurs certifiés, soit trois à cinq par département. Valentin Dubourguier de conclure : « Pour les professionnels comme les bénéficiaires, le métier répond à une réelle attente, les opportunités de reconversion étant à la pointe de la bataille de l’attractivité du secteur. »
Catherine Piraud Rouet
Une certification récente, déclinée partout
Depuis mai 2025, un titre inscrit au répertoire national des certifications professionnelles, niveau 6, porté par le Cnam et Nexem, porte le déploiement du métier. La formation est de 245 heures, dont 70 de stage. Au menu : ingénierie de l’accessibilité plaçant la personne en position de porter son projet, conduite de projet, développement d'un système équitable de coopération entre acteurs du territoire, veille stratégique et réseautage professionnel, communication… Elle est accessible avec un bac + 2 et une expérience dans les secteurs sanitaire, médico-social ou éducatif. Chaque région compte un organisme de formation habilité. « Cent quatre-vingts personnes ont été certifiées depuis janvier 2021, cinquante sont en cours. Le taux de réussite est de 92 %, le taux d’insertion à six mois, de 95 % », indique le responsable de la certification Serge Ebersold, titulaire de la chaire Accessibilité et professeur au Cnam.
Publié dans le magazine Direction[s] N° 255 - septembre 2026