
Olivier Richefou, président de la Mayenne.
DF estime à près de deux milliards d’euros la facture adressée par l’État pour redresser les comptes publics. Un mal nécessaire ?
Olivier Richefou. La situation est paradoxale. On sait tous que l’argent public devient rare et qu’il faut cesser d’empiler les déficits. Mais la méthode des coups de rabot successifs d’une année sur l’autre ne fonctionne pas ! Nous avons besoin d’une vision claire sur les compétences qui nous sont confiées et d’avoir les moyens d’agir. Prenons le Dilico, ce dispositif de lissage des dépenses créé en 2025 qui devait nous être remboursé sur trois ans : cette année, le Gouvernement décide que, finalement, il le fera sur cinq et, en plus, il instaure une contribution financière à l’équilibre qui, elle, ne sera pas remboursable. Ce non-respect des règles est insupportable. D’autant que, sur le fond, les collectivités sont à l’équilibre et se sentent peu responsables du déficit.
Vous êtes allés tout de même jusqu’à parler de « consternation »…
O. R. Oui car la forme nous a aussi profondément choqués ! Dans un courrier adressé fin septembre aux présidents de départements, le Premier ministre avait fait deux annonces importantes. D’abord, l’augmentation de 200 millions d’euros de la taxe TSCA pour les services Sdis : 48 heures plus tard, la lecture du PLF montrera qu’il n’était en réalité question que de 150 millions d’euros, avant que le ministre de l’Intérieur ne confirme le montant initial… en précisant qu’il servirait aussi à couvrir les besoins de l’État ! Même chose pour le fléchage de 300 millions de CSG destinés à mieux couvrir les dépenses pour personnes âgées et handicapées : là encore, il aura fallu attendre le PLFSS pour réaliser que, dans le même temps, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) recevrait 300 millions de moins pour soutenir les départements. Ce qui est donné d’une main est repris de l’autre.
Pourquoi cette part de CSG ne passera-t-elle pas par la branche ?
O. R. Avoir un impôt fléché directement vers nous était une de nos attentes – pas seulement pour couvrir les dépenses d’allocation APA d’ailleurs, mais pour toutes nos dépenses sociales. Pour avoir échangé avec le président de la CNSA, on peut comprendre les interrogations. Mais passer par la caisse impliquerait de dépendre de son budget, voté par le Conseil… qui ne compte que six de nos représentants sur 53 votants. Nous n’aurions aucune garantie sur le versement de ces sommes demain.
La riposte s’organisera-t-elle au Parlement ?
O. R. Nous attendons d’abord d’éventuelles clarifications du Premier ministre, qui devra redoubler d’efforts pour convaincre – l’an dernier, ses engagements n’ayant pas été tenus [1]. Pour le reste, difficile de savoir quel sera le poids du Parlement dans l’examen de ces textes…
Ehpad : un nouveau dispositif d’intéressement ?
« D’un côté, on leur simplifie la vie dans le cadre de la fusion des sections de soins et dépendance, de l’autre, on recomplexifie, avec une carotte à la clé », ironise Olivier Richefou. L’article 39 du PLFSS prévoit l’instauration d’un mécanisme d’intéressement pour les Ehpad et les services autonomie à domicile atteignant des objectifs fixés au niveau national ou régional en matière d’efficience et de pertinence des soins. L’enjeu, précise l’exposé des motifs ? Reconnaître et valoriser financièrement les efforts réalisés en matière de prévention de la perte d’autonomie et d’amélioration de la qualité d’accompagnement (baisse des hospitalisations inutiles, prévention des chutes, meilleure coordination des parcours…). « Quels seront les critères ? Comment une éventuelle enveloppe sera-t-elle répartie ? Quels tableaux Excel devront-ils encore devoir remplir ?, reprend-il. Ce n’est pas ainsi qu’on fera avancer la politique du grand âge. »
[1] Lire Direction[s] n° 248, pp. 4-6
Propos recueillis par Gladys Lepasteur
Publié dans le magazine Direction[s] N° 257 - novembre 2026