
Olivier Richefou, président de la Mayenne, dénonce le montant à la charge des départements. Laetitia Verdier, directrice générale d’Adedom, craint une disparité territoriale.
Le rendez-vous salarial promis pour « début juillet » par le ministère de la Fonction publique est attendu de pied ferme par les syndicats, réunis début juin pour dénoncer la situation sociale dégradée des agents. Point d’indice gelé, inflation, hausse mécanique du salaire minimum… « Au 1er janvier, 365 000 agents étaient rémunérés en deçà du Smic indiciaire et dépendaient d’une indemnité différentielle pour l’atteindre, rapporte Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques. Aujourd’hui, ils sont 862 000. » Pour en finir avec le caractère « obsolète » du système des rémunérations, le ministre a, par ailleurs, invité les organisations à reprendre le fil des discussions lancées en avril… interrompues par leur départ dès la première séance. « Malgré l’urgence, il avait alors ouvert les travaux sans annoncer de mesures immédiates, justifie Laure Revel. On jugera ses propositions sur pièces en juillet, mais nous ne comprendrions pas qu’il n’y ait rien. »
Avenant 43 bis ?
Du côté de l’aide à domicile, la satisfaction aura été de courte durée après l’agrément, fin mai, de l’avenant n° 75 revalorisant les rémunérations. C’était sans compter la reprise du bras du fer entre l’État et Départements de France (DF). « C’était la troisième fois qu’il revenait en commission d’agrément et notre vote n’avait pas changé, s’agace Olivier Richefou, président de la Mayenne pour DF. Nous espérions que la ministre le respecte, sa prédécesseure s’étant engagée à ce que l’État ne passe plus en force. » Mesure de rétorsion, DF a annoncé, début juin, se retirer du projet France Autonomie et du comité de pilotage de la conférence nationale CNA. Condition pour apaiser les tensions ? « Quarante-quatre millions d'euros, soit le montant de la facture 2026 laissée aux départements, rétorque Olivier Richefou. Comparé au budget de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, c’est l’épaisseur du trait ! »
L’avenant n° 75 subira-t-il le même sort que le n° 43, inégalement financé sur le territoire ? À DF, on l’assure : les collectivités décideront seules de la conduite à tenir. « On est repartis pour établir des cartes pointant celles qui joueront le jeu et les autres, soupire Laetitia Verdier, directrice générale de la fédération Adedom. Après la nouvelle taxe d’apprentissage et le relèvement de l’âge ouvrant droit à l’exonération de cotisations pour l’emploi d’une aide à domicile, les employeurs vont être rattrapés par la réalité économique. »
Gladys Lepasteur
Bass : 35 % des salariés au Smic
« La conformité des minima des branches au Smic […] constitue [l’un des] enjeux majeurs en matière de pouvoir d’achat et de déroulement de carrière pour les salariés mais aussi d’attractivité des secteurs concernés. » En marge du Comité de suivi de la négociation salariale fin mai, les mots du ministre du Travail ont été entendus par la branche associative Bass, dont les salariés étaient appelés fin mai à la mobilisation. « Depuis la dernière revalorisation du Smic, la situation y est particulièrement critique du fait de l’immersion sous le minimum légal de la plupart des grilles, [qui] subissent un effet de tassement croissant intolérable », souligne la confédération patronale Axess. Elle appelle « à une décision politique forte » pour « mettre fin aux coefficients infra-Smic, garantir la juste reconnaissance des personnels et assurer la pérennité de la prise en charge des plus fragiles ».
Publié dans le magazine Direction[s] N° 254 - juillet 2026